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dimanche 21 juin 2026

La nuit la plus courte, sauf pour les Nibelungen (Vineta année 6)

Aujourd'hui, c'est le solstice d'été, la nuit la plus courte de l'année, Midsommar, ou pour les pieux parmi vous, Juhannus, la Saint-Jean. Mais pour moi, c'est également l'anniversaire de mes projets d'écriture. 
 
Si commencer la rédaction de Pax Europæ ce jour-là fut une coïncidence, ce fut une démarche totalement consciente pour Heldenzeit. C'est un jalon important de l'année à mes yeux, sous l'égide duquel je souhaitais placer le projet, il y a désormais six ans de cela. Et oui, je commençais à écrire le projet en 2020, le temps file...
 
Mais alors, puisque j'en parle, vous vous demandez sans doute si cette fête joue un rôle quelconque dans les sources, et par extension, mon manuscrit (oui, je me sers de l'occasion pour parler des sources, comme d'habitude, alors faites un effort, c'est ma meilleure transition). Est-ce que cette date est symbolique, ou bien a-t-elle seulement été mentionnée ?
 
Il y a finalement assez peu de dates clairement données dans les sources d'Heldenzeit (je vais me concentrer sur celles-ci, pas toutes les sagas et gestes, sinon je n'en finirais pas). 

Les poètes vont parler des règnes (ça donne au moins une fourchette temporelle, encore que ce sont généralement des règnes légendaires, loin de toute réalité chronologique), mais aussi des saisons, soit été ou hiver, puisque pendant longtemps l'espace germanique ne connaissait que deux saisons, raison pour laquelle le solstice d'été est toujours appelé midsommar en suédois ou midsummer en anglais, la mi-été, alors que dans nos calendriers modernes, c'est la date où on bascule du printemps à l'été. La saison est importante dans le récit puisque différentes activités, et donc éléments d'intrigue propres à la période de l'année : l'été étant propice aux campagnes militaires, aux expéditions, tandis que l'hiver le drama est au pays, plutôt "familial" et interne.
 
Le moment de la journée (jour, nuit, matin, soir) est également assez commun, et éventuellement, on nous informe si c'est dimanche et qu'il faut aller à la messe, comme lors de la querelle entre Kriemhilde et Brunhilde sur le parvis de la cathédrale de Worms dans le Nibelungenlied, puis la messe hyper tendue qui s'en suit après les terribles révélations.

Mais occasionnellement, on a droit à une date plus précise grâce à des fêtes, chrétiennes ou païennes, par exemple Yule  (Noël, donc autour du solstice d'hiver), lorsque Norna Gest se présente à la cour du roi Olaf Tryggvason et y raconte sa vie (OK, dis comme ça ce n'est pas hyper intéressant mais c'est mon récit cadre) (il est super mon récit cadre, je vous le jure). 
 
Il y a également la Pentecôte, qui revient à deux reprises dans le Nibelungenlied : d'abord comme jour de la victoire contre les Saxons, puis comme celui du mariage de Kriemhilde (avec Etzel), ou plus exactement, la première fois qu'ils partagent leur couche. 
 
Si du côté de Dietrich de Bern, c'est Pâques qui est mis à l'honneur, puisqu'elle est mentionnée à plusieurs reprises  (dans la Fuite de Dietrich ou encore la Rabenschlacht), la fête ne sert cependant pas à donner la date, mais comme allégorie afin d'exprimer le deuil du héros.
 
Dans mon récit j'incorpore une légende du XIIe siècle rapportée par Claude Lecouteux dans sa traduction de la Þidrekssaga, et qui est liée à la ville de Ravenne. Cette légende étiologique explique le nom de la cité par un événement particulier impliquant d'immenses nuées de corbeaux et ayant lieu à la St Apollinaire (le premier évêque de Ravenne et martyr chrétien), c'est à dire le 20 juillet. J'utilise cette date pour faire coïncider cet événement prodigieux annuel avec la fameuse bataille de Ravenne légendaire, la Rabenschlacht, qui n'est pas datée dans les sources. En revanche, la bataille historique qui l'a inspirée a bien eu lieu en juillet 491. Cela tombe décidément fort bien.
 
Enfin, il y a... le solstice d'été. Oui, il est bien présent ! Et en deux occasions, même ! 
 
D'abord, le poète de la Chanson des Nibelungen nous dit que c'est au solstice d'été que le roi Sigmund organise une grande fête pour son fils Siegfried qui est fait chevalier, armé et équipé comme tel avec toute une cohorte à son service, avant qu'il ne parte à l'aventure au pays des Burgondes. C'est un moment de joie et de célébration pour tous, un moment à l'image du héros : solaire. Nous sommes alors que dans la seconde âventiure, vraiment au tout début du récit.

Cependant, la nuit la plus courte de l'année revient beaucoup plus tard, à l'âventiure XXIII, soit dans le dernier quart du poème, et cette fois on n'est plus là pour rigoler. Car c'est afin de célébrer le solstice (en tout cas de participer à un "festival" à cette date) que Kriemhilde invite ses frères à la cour d'Etzel, son nouveau mari. Bien sûr, c'est un faux prétexte pour les attirer dans son piège et accomplir sa vengeance contre eux, les meurtriers de son premier époux, Siegfried.
 
La Þidrekssaga ne parle que d'une "fête amicale", mais sur la route qui les mène à Gran, les Burgondes se tapent du gros vent et beaucoup de pluie. Si ça, ça n'est pas implicitement Juhannus, je ne sais pas ce qu'il vous faut, hihi (la météo du solstice en Finlande, c'est toujours un grand moment d'incertitude. Mais c'est grillades garanties même s'il pleut).
 
Le bain de sang final de la légende a donc lieu lors de la nuit la plus courte de l'année, s'il faut en croire le Nibelungenlied. D'ailleurs, n'est-il pas parfaitement adapté aux circonstances que tout ce beau monde périsse alors que brûle la halle d'Etzelburg ? Après tout, le solstice d'été se fête souvent par de grands feux de joie ! Bon, j'aime autant vous dire que pour les Huns, les Burgondes et les Goths qui s'étripent par centaines, on n'est pas là pour danser autour de l'arbre de mai : cette nuit la plus courte ne dure que quelques heures, ressenti : interminable.

Après la nuit de carnage, les survivants retournent à leurs domaines, mais les pertes sont colossales et les royaumes de Brunhilde ou Dietrich sont condamnés à péricliter. Le Bernois rentre au pays mais a perdu tous ses amis, Hildebrand doit affronter son fils en chemin et, malheureusement, le tuer. L'époque s'assombrit, et l'âge héroïque décline, tout comme le jour lui-même après le solstice.

Grosse ambiance ! 

Pourtant, en ce Midsommar 2026, les choses ne vont pas si mal pour Heldenzeit : le projet avance bien, j'ai entamé le dernier arc narratif, et on se rapproche à bon pas d'un bouclage du premier jet. Je suis très, très content du résultat jusqu'ici. Des années à ruminer le projet, six années de rédaction, et la satisfaction de concrétiser mon ambition comme je l'envisageais.

Alors bon, c'est pas encore fini, mais avec 627 pages A4 rédigées, je ne boude pas mon plaisir. Cela fait une moyenne de 110 pages par an, un rythme assez lent, mais seulement si l'on ne prend pas en compte les innombrables lectures préparatoires qui auront été nécessaires. J'ai rempli tout un carnet de mes notes en pattes de mouches, et bien entamé un second. Heldenzeit, c'est beaucoup, beaucoup de boulot en amont, mais franchement, quand je vois le résultat (même inachevé), je me dis que ça vaut le coup.

Voilà ! C'était ma manière à moi de marquer avec vous ce jalon de 6 années d'écriture du projet. J'espère pouvoir annoncer mieux que ça au prochain anniversaire, et si je conserve ce rythme, cela se pourrait fort bien ! Ne me reste plus qu'à vous souhaiter un très beau solstice d'été, til árs ok friđar !

Souvenir de Juhannus en Finlande, l'année ou Heldenzeit a germé dans mon esprit.

vendredi 29 mai 2026

Du nouveau pour la #TeamDietrich (Vlog)

Je me rend compte que j'ai posté ce vlog partout sauf sur le blog, et c'est bien dommage ! Je compte faire plus de vlogs à l'avenir histoire de communiquer de façon plus dynamique, et puis ce serait un retour à une forme que j'ai pratiqué autrefois, c'est rigolo.

Bref, aujourd'hui (il y a un mois.....) je vous parlais d'une nouveauté qui met mon cœur en joie : une traduction (inespérée) en français moderne de sources continentales sur Dietrich ! 

mardi 13 janvier 2026

Die Nibelungen - Kampf der Königreiche (aka La Guerre des Royaumes) : la version longue de "Hagen"

En 2024 sortait au cinéma une adaptation très moderne de l'histoire des Nibelungen sous le titre de Hagen - Im Tal der Nibelungen, je vous en parlais ici. L'équipe du film avait alors annoncé qu'il s'agissait d'un projet exceptionnel : un film ET une minisérie tournés en même temps, afin d'offrir deux points de vue à une même histoire. Le film sorti, j'attendais la série et... rien. Pas de nouvelles, pas de mises à jours, jusqu'à ce qu'enfin les six épisodes débarquent en grandes pompes pratiquement par surprise sur RTL+ (un service de streaming allemand) en novembre 2025. Et puis, fort heureusement pour moi, elle déboula également sur la plateforme de streaming SVT Play, le service public suédois, à la toute fin décembre, ce qui me permit donc d'y jeter un œil attentif.

Car si vous avez lu mon article au sujet du film Hagen, vous savez qu'il me restait plusieurs questions sans réponses, de nombreuses incertitudes et critiques que j'avais néanmoins suspendues, en attendant le visionnage de la série. En effet, celle-ci devait développer le contexte, ou plutôt les contextes, remplir les trous et compléter l'intrigue, montrer d'autres points de vue, avec des scènes alternatives tournées sous d'autres angles et tout. Forcément, ça m'intriguait, et j'avais bien dit qu'il faudrait voir cette "version longue" avant de rendre un verdict. Or cette version je l'ai vue, et nous allons voir si elle tient ses promesses.

Déjà, avant de commencer à rentrer dans le détail, soyons clairs : cette version longue ne transforme pas radicalement le récit, et pratiquement toutes mes remarques au sujet du film sont toujours pertinentes ici. Aussi je ne compte pas m'étendre sur les costumes ridicules et les changements d'intrigue discutables, ni reprendre les éléments des sources qui ont été conservées etc., pour tout cela je considère que vous avez déjà lu mon article au sujet du film

Je ne reprendrais pas non plus le fil de l'intrigue, je l'ai déjà fait, et finalement il n'y a pas de grand changement dans le fil du récit. La série fait le choix de s'ouvrir d'une manière plus "cold open", ce qui m'a laissé croire de prime abord à un gros remontage audacieux, plein de flashbacks mélangeant totalement l'ordre des scènes pour leur donner un nouveau sens, moins chronologique peut-être, mais on revient finalement assez rapidement sur des rails similaires à ceux du film. Les changements sont en fin de compte bien moins dans le remontage que dans l'ajout de sous-intrigues, qui mettent en avant des éléments un peu délaissés comme les Anciens (les Alte Wesen, ou créatures anciennes), les Huns, ou encore... les méchants Romains.


Rome et les Huns

Oui, oui, les Romains ! J'avoue que je ne les avais pas vu venir, ceux-là, puisqu'ils sont totalement absents du film. Pas dans les franges, comme les Huns, non, non, totalement absents. Et c'est d'autant plus surprenant qu'ils ne se contentent pas d'apparaître par surprise dans la version longue : ils prennent un rôle important dans l'intrigue, y compris dans des scènes clefs où je ne les attendais pas. Il s'avère que depuis le début ils sont dans l'ombre et manigancent ! On apprend que, dans cette adaptation, la Burgondie a fait partie de l'Empire avant de s'en séparer et que les Romains aimeraient bien qu'ils redeviennent une province sous leur autorité (offrant à Gunther le titre de préfet qui ne vend pas du rêve au roi burgonde), se présentant en alliés face aux Huns, et puis en fait non ! Ils sont de mèche avec Etzel et ses hordes, qu'ils arment et payent pour affaiblir les royaumes germains, afin de faciliter leur "sauvetage" par Rome. Raclures 9000 donc.

 On apprend également que ceux qui ont massacré les gens de Hagen dans ses flashbacks, c'était eux ! L'identité des combattants était laissée à l'imagination du spectateur du film, on devinait que c'était les forces de Dankrat qui avait commis le massacre avant que le roi ne mente à Hagen pour jeter le blâme sur Fafnir. Mais en vrai c'était flou et incertain, une des mes questions sans réponses malgré un flashback récurent dans le métrage, grandement rallongé dans la série pour enfin révéler la vérité. 

Hagen comprend qui a vraiment massacré les siens autrefois.

D'ailleurs c'est seulement dans ce flashback rallongé qu'on voit une flotte romaine combattre, autrement, ils restent perpétuellement dans leurs tentes rouges à manigancer et envoyer leur allié Hun mourir pour eux et économiser leurs propres hommes (ce qui, en vrai, est très Romain historique). On a donc une nouvelle faction totalement nouvelle dans le récit, mais qui est le moteur des décisions prises par tous les rois, que ce soit Etzel, Dankrat puis son fils Gunther. Ils sont la menace qui plane au-dessus de toutes les factions, et ce sur toutes les générations de protagonistes. C'est plutôt cool, surtout quand on pense qu'il n'y en avait pas une trace dans le film, mais que ça s'intègre tout de même bien à ce que l'on savait déjà !


 
On voit même le Limes !

Alors j'avoue que lorsqu'on annonce un visiteur venu de Ravenne, et qu'on a commencé à évoquer les Romains, j'ai eu l'espoir fou de voir débarquer Ermrich lui-même, mais les scénaristes ont préféré faire de leur antagoniste en chef Flavius Aetius, une figure historique liée à Attila, ce qui est curieux quand le roi des Huns de la diégèse n'est pas Attila, mais bien son alter ego légendaire Etzel. 

L'Histoire plutôt que la légende 

Les scénaristes ont dû ressentir le besoin de nommer le "chef" des Romains sans savoir qu'il y en avait un dans les sources, Ermrich, et ont juste fait appel à l'Histoire en se croyant malins. Flavius Aetius défait effectivement les Burgondes du roi Gundahari avec des auxiliaires Huns (sans Attila), avant de retourner sa veste et poutrer les Huns avec l'aide des Visigoths aux champs Catalauniques, des événements qu'on considère souvent comme à l'origine du massacre des Burgondes et des Huns dans les sources légendaire. D'ailleurs, on explique aussi qu'Etzel a tué son frère, ce qui est "historique" et non pas légendaire, puisque dans la tradition continentale (la scandinave ne s'attarde pas trop sur ses frères), Etzel ne tue pas son frère Bloedelin, lequel participe à ses côtés au massacre des Burgondes. Bref, toute l'intrigue Huns/Romains se base sur l'Histoire avec un grand H, avec les manigances romaines jouant sur tous les tableaux avec les tribus "barbares", toujours à son avantage, et en vrai c'est cool, c'est le véritable contexte historique de ces légendes.

Tim Seyfi interprète Flavius Aetius.

Un effort sur les costumes pour faire romain tardif.

Vladimir Korneev a un peu plus de choses à jouer en tant qu'Etzel, cette fois, et c'est tant mieux.

 Pourquoi les scénaristes ont-ils fait le choix de se tourner vers l'Histoire, la vraie, pour développer le côté Hun et Romain, plutôt que de puiser dans le légendaire pourtant bien fourni ? Est-ce pour raconter "la vraie histoire derrière la légende" (tout en conservant le merveilleux, les nains, la magie et les dragons... ce qui n'a pas de sens...) ? Est-ce un travers déjà présent dans le roman qu'ils adaptent ? Toujours est-il que pour les amateurs de la matière de Germanie, quelle occasion manquée ! Bon, on aura eu vent de Ravenne, et c'est déjà ça. Mais quel dommage !

D'un point de vue historique, c'est donc parfaitement cohérent, mais vis à vis des sources, justement, c'est une idée bancale. Les Burgondes y sont assis le cul entre deux chaises, les Huns et les Romains, deux puissances rivales, parfois même en guerre ouverte. Voir Etzel en pion des Romains n'a aucun sens d'un point de vue légendaire, c'est même un contresens total. Et les Burgondes des sources ont bien fait partie d'un empire avant de s'en émanciper, mais... c'était les Huns, pas Rome. Dans les sources directement liées aux Burgondes/Nibelungen, la présence des Romains est réelle, néanmoins négligeable, essentiellement concentrée dans les sous-intrigues autour des personnages de Dietrich et Svanhilde, et donc cristallisé par un Suprême Connard : l'empereur Ermrich. Toutefois, l'antagonisme majeur, la menace qui plane, l'ancien occupant qui cherche à reprendre la main et lorgne sur le trésor, ce sont plutôt les Huns, ici renvoyés au statut de larbins, de pantins aux fils tirés par Aetius.


 Cela pourrait m'agacer, mais puisque la série, tout comme le film d'ailleurs, s'arrête à la mort de Siegfried, sans poursuivre sur le mariage entre Etzel et Kriemhilde, et le massacre final des Burgondes au palais des Huns, ça m'embête moins : Etzel n'a de toute façon pas le rôle complexe et crucial qu'il tient dans les légendes, alors pourquoi s'embêter à en faire plus qu'un pion ? Pourquoi ne pas faire référence à la figure historique qui l'a inspiré ? Je comprends d'autant mieux pourquoi les Huns étaient si effacés dans le film. 

Je trouve toutefois intéressant qu'Etzel finisse par rompre son allégeance avec Rome - ou plutôt Ravenne - lorsque débarquent les valkyries de Brynhilde et que ses armées se font soudain rouler dessus. L'échange de regard qu'on voit entre lui et la reine d'Isenstein m'a particulièrement interpelé, comme si au-delà de la terreur qu'elle lui inspire, il fallait y voir une sorte de reconnaissance. En effet, dans la tradition scandinave, Brynhilde est du même sang qu'Etzel (voire sa demi-sœur). Je doute que ce soit voulu par les créateurs de la série mais je l'ai interprété comme cela quand même. Sachant que dans les sources, Brynhilde ne mène pas de troupes au combat pour les Burgondes, et encore moins contre les Huns, tout ça, c'est sorti du chapeau.

Finalement, ce changement de focus embrassant un côté plus politique, plus jeux de pouvoirs entre factions, explique le titre de la série, La guerre des royaumes. Un titre initialement annoncé comme Nibelungen - la guerre des royaumes, et c'est toujours le cas sur la page dédiée sur SVT Play, pourtant dans le générique même de la série, le nom Nibelungen n'apparaît pas sur le carton titre ! 

 D'ailleurs, il est à peine prononcé dans la série. Je ne suis pas allé recompter dans le film, mais il me semble bien que les personnages prononcent moins souvent ce nom emblématique dans la version longue... un comble ! À croire que pour la série, le côté "vieillot"  et poussiéreux des Nibelungen (cf. les interviews promotionnelles des acteurs pour la sortie du long métrage) soit plus un encombrant boulet que l'argument de vente qu'il devrait être à l'international. Pourtant, la série ne sabre pas pour autant l'aspect merveilleux, bien au contraire !

Les Alte Wesen

Plutôt que Nibelungen, le film (et la série d'autant plus) préfère le termes d'Anciens, ou Êtres Anciens : les Alte Wesen. Cela est approprié puisque dans les sources, même lorsqu'on évoque les Nibelungen comme un peuple surnaturel et non les Burgondes, il s'agit d'un peuple de nains spécifiquement. Les Alte Wesen de cette adaptation regroupent tous les êtres fantastiques, des nixes aux dragons en passant par les nains, les nornes, les valkyries... avec les grands dragons au sommet de la hiérarchie. Pas de dieux, Odin n'a pas de lien avec les valkyries. Hagen mentionne bien une fois qu'elles emmènent les guerriers à la "halle des dieux" (que le sous-titre suédois traduit abusivement par "Valhall", d'ailleurs, ce que la VO ne dit pas, Hagen dit bien "Halle der Götter", soit une manière très vague et générique), mais c'est ce qu'il raconte à ses hommes... et c'est tout, rien d'autre dans le récit ou à l'écran ne va dans ce sens.

Nouvelle scène inédite où les protagonistes observent, en Islande, un étrange cortège de Wesen qui "quitte notre monde à jamais". Le plan est magnifique, le moment doux amer, et cela ne fonctionne que parce que l'intrigue sur leur extermination a été étoffée.

Les dieux sont donc toujours complètement absents, mais le monde grouille de créatures merveilleuses, bien plus que dans le film qui se concentrait sur Alberich et les valkyries. Dans cette version longue on a droit à des nixes, notamment, qui reprochent à Hagen de les avoir exterminés, une référence à la manière avec laquelle le borgne traite les nixes dont les prophéties ne lui conviennent pas dans les sources. Mieux encore, une scène fait directement écho à cela, remplaçant les esprits des eaux par une Norne lui prédisant la fin des Burgondes, qu'il tue pareillement. Et c'est génial ! Respect des sources !

Nouveau Wesen : une nixe avec ses branchies sur le flanc.

 
La Norne qui paiera sa prophétie à Hagen de sa vie.

On ne va pas se mentir, dès qu'on revient un peu aux sources, ça fait tout de suite vachement plaisir, même sans être 100% fidèle, ce n'est pas ce que je demande nécessairement... ça, par exemple, c'est malin !

À mon sens, tout ce qui a été rajouté autour de Hagen aurait dû se trouver dans le film soit disant de son point de vue...

... à part le nouveau personnage, une lieutenant Vandale qu'on lui colle et qui ne sert à rien, meurt à un tiers de la série sans rien apporter. J'avoue je n'ai pas compris l’intérêt, ça rajoute du temps sans aucune plus value à la narration... du temps qu'on aurait pu donner à d'autres plus nécessiteux, mais je vais y revenir.

J'ai dû chercher sur le net pour vous dire que Emma Preisendanz joue "Damira". Je n'ai rien contre elle ou son jeu d'actrice, malheureusement c'est son personnage qui est écrit de telle sorte qu'il ne sert à rien.

 Les Alte Wesen sont donc paradoxalement  plus mis en avant dans cette version (justifiant déjà plus les rajouts), l'ampleur de leur génocide soulignée, sans pour autant en faire d'innocentes victimes sans défense. La scène rajoutée où des sirènes amènent des hommes à se noyer, par exemple, rappelle que les Alte Wesen peuvent aussi se montrer dangereux :


Pourtant, ils vivaient autrefois en harmonie avec les humains, et le film n'a jamais vraiment expliqué pourquoi les Hommes ont rompu cette paix. La série nous donne l'explication, en tout cas en ce qui concerne les Burgondes, et ça a à voir avec un autre personnage beaucoup plus développé ici : la reine Ute.

Ute : une victime à l'origine du génocide des Alte Wesen 

Ute, l'épouse du roi Dankrat, la mère de Gunther, Kriemhilde, Giselher et Gernot. Ute, personnage secondaire, voire tertiaire du film, a non seulement droit à plus de background, mais en plus essentiel au destin des Alte Wesen, rien que ça ! Et accrochez-vous car en plus... ça a un vague lien avec les sources ! (Youhou!)

Dans cette version, Ute m'a d'abord surpris par des ajouts qui m'ont laissé... dubitatif. En effet, à deux reprises ses enfants vont venir la consulter pour interpréter leurs rêves (Kriemhilde d'abord, puis Gernot). Et à deux reprises elle les rembarre ! À sa fille elle rétorque que ce sont les enfants qui parle de leurs rêves, et à son fils qu'il doit se comporter en homme et ne pas accorder d'intérêt à ses songes. Or, l'interprétation des rêves est TURBONIBELUNGEN, c'est omniprésent dans toutes les traditions, et de nombreuses fois dans un même poème ! Balayer cela nonchalamment, surtout par Ute, c'était une trahison incompréhensible...

Gernot (Béla Gabor Lenz) n'est plus un figurant grâce à cette sous-intrigue et une nouvelle dynamique avec sa mère. Je serai curieux de voir ce qu'ils feraient de ce "nouveau" Gernot si une suite devait sortir, avec la vengeance de Kriemhilde etc.

Je suis content pour Jördis Triebel (Ute) que j'apprécie dans d'autres œuvres (notamment Dark et la Papesse Jeanne) et qui trouve ici un plus gros os à ronger, prenant pleinement sa place parmi le cast plutôt que d'être reléguée au second plan !

...sauf qu'en fait pas du tout. La reine connaît la valeur de rêve (on a répété plusieurs fois dans la série que les Wesen nous viennent en songes). Alors que sa santé mentale semble se dégrader depuis la mort de son époux Dankrat, on découvre que la reine a eu une aventure avec un roi (?) nixe, d'abord présenté comme un viol, une séduction magique (un thème récurent des sources), puis révélé comme un amour réciproque, causant l'ire de Dankrat et sa vengeance sur tous les Wesen. On apprend aussi, gros twist, que Gernot est le fils de cette créature, sa main est monstrueusement palmée et écaillée, raison pour laquelle il la dissimulait déjà dans le film sans qu'on explique l'importance de ce détail. Gernot est mort de honte et refuse cet héritage, brûlant la hutte où il fut conçu comme pour effacer toute trace de cet amour interdit. Ute, quant à elle, perd la raison de chagrin et se suicide en portant le collier représentant un dragon qu'elle tenait de son amant depuis longtemps massacré.

Alors là, quel twist ! Mais pas totalement sorti d'un chapeau, puisque dans la tradition scandinave, Hagen est le beau-frère des Burgondes, de la même mère, mais d'un père... différent. Un loup, parfois, mais plus souvent un alfe. Et si on suppose que ce fut un viol, ce n'est pas toujours certain. Cette adaptation ayant fait de Hagen un étranger, suivant la tradition continentale, elle bascule ces éléments de lore sur Gernot, qui n'a autrement pas grand chose à faire à ce stade de l'histoire. Et ça permet de lier les intrigues tirées des sources à celle du génocide wesen inventée pour l'occasion. Pas mal, pas mal du tout ! Le suicide de Ute n'a en revanche aucun fondement dans les sources, mais dans ce contexte, pourquoi pas.

Mention spéciale à Ute ruminant sa tristesse dans... le jardin de roses de Worms !! OUI ! On aperçoit le fameux Rosengarten zu Worms ! Le détail improbable... Dans les sources, il est associé à Kriemhilde qui s'y réfugie pour... ruminer sa tristesse (et organiser un tournoi mais c'est une autre histoire), et c'est son jardin qu'elle entretient elle-même. Dans cette nouvelle interprétation, c'est Dankrat qui l'a mis en place pour atténuer le chagrin de son épouse, mais on conserve l'imagerie de la roseraie en refuge de dame déprimée, et ça c'est Turbonibelungen. Quel pied !

 

Cela confirme et explique également la piètre opinion qu'a Siegfried de Dankrat et de son propre père, Sigmund, qui ont d'après ses dires beaucoup massacré côtes à côtes. Je croyais donc naïvement que la série allait bel et bien dissiper LE point d'interrogation du film, à savoir le traumatisme qui a fait de Siegfried l'épave émotionnelle qu'il est devenu...

La promesse non tenue au bout du compte, et l'échec de la série

Quedalle, ouais !

La série ne nous offre aucune explication, aucun éclaircissement. C'était pour moi le point le plus vital à expliquer dans une version longue et là-dessus, échec total. On a uniquement un peu plus de détails sur sa jeunesse :  enfant casse-couilles, son père l'envoie apprendre la discipline auprès d'un forgeron dont Siegfried s'emploiera à malmener les autres apprentis. Ces derniers essaient de le tuer une nuit, mais il les défonce et ils meurent. Après quoi, le forgeron cherche à se débarrasser de lui en l'envoyant dans la Vallée des Nibelungen où se trouve Fafnir et autres Wesen (le film se contentait de ne rapporter que la seconde partie). C'est peu ou prou la jeunesse du héros dans le Hürnen Seyfrid, j'avais déjà noté l'influence de cette source dans mon article sur le film. Très cool, donc, et ça confirme qu'il était déjà imprévisible et brutal très jeune (la série ajoute d'ailleurs plusieurs scènes le montrant beaucoup plus violent et incontrôlable encore que dans le film).

Mais comme rien d'autre ne nous est montré pour indiquer un traumatisme justifiant ses (nombreux) signes de stress post-traumatique, cette anecdote semble impliquer que son comportement de connard odieux... n'a pour source que son caractère de connard odieux. Ce que plein d'autres scènes contredisent ! 

Une en particulier promettait des réponses, celle où Siegfried raconte à Kriemhilde sa rencontre avec le majestueux Fafnir, et comment croiser son regard fut le plus beau jour de sa vie. "Pourquoi l'avoir tué alors ? demande-t-elle, et lui de répondre "tu ne devrais plus poser de questions !"

Ça m'avait fait l'effet d'un :


Et tout pareil, on n'aura jamais la réponse. Visiblement, la réponse de Siegfried, c'est celle des scénaristes aux spectateurs qui réfléchissent trop. Franchement, la Vandale de Hagen était indispensable, mais cette question cruciale, posée par les spectateurs mais aussi littéralement à l'écran par Kriemhilde, ne mérite pas de réponse dans une version longue de 6 X 45 minutes ? Vous êtes sérieux ?

D'ailleurs, puisqu'on parle de sidekicks inutiles, vous vous souvenez de la mystérieuse Team Siegfried, hétéroclite et cool, mais avec 0 background pour expliquer leur présence ?

Bah on en apprendra strictement rien de plus. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Pourquoi abandonnent-ils Siegfried lorsqu'il se marie (quel lien/serment les unissait que ce mariage ne rompe ?) ? OSEF. Sinon je vous ai dit que Hagen a une lieutenant Vandale qu'on avait jamais vue avant et ne sert littéralement à rien ? #gros_sel.

 Un peu comme ces guignols, là, quand j'y pense, comme quoi, il y a comme un fil rouge.

Pourtant, et c'est là que je ne comprends pas du tout ce qu'ils ont voulu faire, la version longue rajoute des éléments pour appuyer que Fafnir était le dernier grand dragon, et que ces derniers étaient les "rois" des Alte Wesen. Entre le pendentif que chérit Ute, la fresque murale chez les valkyries ou le dessin qu’aperçoit Hagen avant de rencontrer la Norne dans sa grotte, la série insiste lourdement sur le dragon, et son importance pour les créatures... comme pour mettre en place un enjeu vis à vis d'un développement autour de son meurtre par Siegfried, développement qui ne vient jamais. Pourquoi insister autant sur le dragon, si son rôle reste inchangé ? 

La sculpture murale en Isenstein.

Ma théorie sur le sujet

D'ailleurs, en voyant cette sculpture murale plutôt... sensuelle, dirons-nous, et étant donné le choix de la série de présenter non pas un, mais deux protagonistes à demi-Wesen (Hagen, comme dans le film, et Gernot en plus), j'ai commencé à me demander si l'on allait pas nous amener à apprendre que Fafnir était également le père de Siegfried, peut-être pas le fruit d'un amour, mais d'un viol, ou d'un amour que Siegfried n'accepterait pas, quoi qu'il en soit menant à une confrontation. Cela expliquerait son rapport amour-haine avec le dragon, et en plus ça ferait de Balmung, l'épée tirée dans cette version d'un os de Fafnir, littéralement la lame de son père... pas à son père, mais à base de son père. Fafnir aurait pu, avant de mourir, lui recommander de se baigner dans son sang, comme un dernier cadeau tragique à son fils, et toutes les scènes de Siegfried couvert de sang en hurlant prendraient alors un sens nouveau et bel et bien traumatique. Cela expliquerait également pourquoi les Wesen semblent vouloir l'accompagner ou ne rien lui faire, puisqu'il serait littéralement l'héritier du dragon par le sang, et pas seulement un guerrier terrifiant qui "porte sa peau", à Fafnir, or on sait que les dragons sont au sommet de leur hiérarchie.

Séduisant, cependant... ce n'est absolument pas dit, montré ni suggéré dans le film ou la série. Jamais Siegfried ne parle de son père d'une manière qui laisserait entendre qu'il ne soit pas son géniteur, il désigne toujours Sigmund, le roi de Xanten dont Siegfried porte la bague, celui qui a combattu avec Dankrat. D'après les éléments qu'on nous donne, Siegfried ne tombe sur Fafnir que par hasard lorsque son tuteur forgeron essaie de se débarrasser de lui en l'envoyant dans la Vallée des Nibelungen. Enfin, aucune prophétie ou révélation, cryptiques ou pas, délivrées par les alfes, Nornes et nixes n'y font la moindre allusion, se concentrant sur Hagen ou Gernot. Vraiment, cette version n'a rien à dire de plus sur Siegfried et Fafnir.

Ce n'est donc qu'une théorie qu'on peut s'imaginer si on a envie de se fouler plus que les scénaristes, et même si ça crée tout de même beaucoup de redondance avec Gernot, au moins ce serait une explication. 


Bref, si cette version longue parvient à rendre bien pus intéressante toute la famille royale burgonde, le conflit avec les Wesen et même l'intrigue pourtant déjà bien étoffée autour de Hagen, elle se plante lamentablement sur Siegfried, le personnage est le seul qui semble toujours incomplet et tronqué à la fin des six épisodes. Siegfried est le perso le plus bâclé, hallo, on est où là ? Alors oui, je sais, le roman dont sont adaptés le film et la série est lui-même centré sur Hagen, mais si on a trouvé le temps pour la Vandale de mes deux, on aurait pu s'occuper un peu de Siegfried, c'est pas comme s'il était à la fois un des principaux protagonistes ET antagonistes de cette version.

Faut-il voir la série ?

Si vous êtes curieux de cette adaptation et hésitez entre le film et la série, voyez la série, vous aurez la version la plus complète de l'histoire. Le côté coucherie et romance est dilué dans l'ensemble par le rajout d'intrigues de cour et de machinations politiques, ce qui n'est pas plus mal, mais ne vous attendez pas à des complots de haute volée non plus, ce n'est pas une des premières saisons de Game of Thrones (même si ça aimerait bien). La série conserve la plupart des défauts du film, et souffre des mêmes problèmes d'un point de vue strictement "adaptation" (comprenez : c'est une très médiocre adaptation), l'intrigue des Romains et des Huns enfonçant davantage le clou : on s'est éloigné encore un peu plus de la substance des sources en ne conservant des liens qu'en apparence, très superficiellement. Les Nibelungen ne sont finalement qu'un skin appliqué sur une série de Dark Fantasy à la GoT. C'était le cas du film, et ça reste le cas ici.

Cela étant dit, une fois qu'on a fait notre deuil d'une véritable adaptation et accepté cet état de fait, une fois qu'on prend le récit pour ce qu'il est et souhaite proposer, sans réfléchir aux sources, ça reste correct, et la série étoffe suffisamment certains angles morts pour divertir le grand public avec plus de satisfaction que le film. Néanmoins, il faut le dire, cette version aurait pu être vraiment pas mal, mais se prendre ainsi les pieds dans le tapis sur Siegfried me laisse franchement dubitatif. C'est la meilleure des deux versions, mais elle n'est toujours pas complète.

Le point bande-originale

Si la musique est semblable à celle du film, je me dois de préciser avoir sérieusement grincé des dents lorsque les trois premiers épisodes se sont conclus par des chansons pop-rock absolument hors ton du plus mauvais goût. Heureusement ils corrigent le tir dès l'épisode 4, mais quelle idée... ça veut se la jouer cool à la Peaky Blinders, j'imagine. Quelle idée...

mardi 2 décembre 2025

Beowulf du vélin à la toile - Adapter & trahir pt. 4


 Tout comme les Nibelungen, le poème Beowulf aura eu droit à plusieurs adaptations, plus ou moins directes, plus ou moins réussies. Enfin, surtout moins, car comme cette rétrospective le démontrera, le héros des Gauts n'a pas eu autant de chance que Siegfried lorsqu'il s'agit de voir ses exploits mis en images sur nos écrans. 

Outre le manque chronique de fidélité à la source, ces adaptations souffrent d'un syndrome de cannibalisme, se repompant les unes les autres en ne conservant souvent que les inventions récentes, syphonant le récit de son squelette et de son âme pour imposer des thèmes récurrents propres à ces versions modernes, à tel point que c'est la compréhension même de la légende qui s'en trouve lourdement altérée, tronquée, estropiée.

 

 Vous trouvez que j'exagère ? Laissez-vous porter par ma série d'articles, et si possible dans l'ordre de sorties des films, et vous verrez comment la légende de Beowulf s'est petit à petit transformée en... autre chose. 

1998

1999
 
1999

2005

2007

2007

2008
 
2016

Beowulf de loin mais loin d'être Beowulf


Voilà, on en a enfin terminé avec les adaptions de Beowulf pour cette rétrospective assez décevante, finalement. Quelques bons films, mais aucune bonne adaptation. Il ne me reste plus qu'à aborder vite fait deux autres productions pour être vraiment complet, mais qui ont si peu à voir avec Beowulf que je les regroupe ici en bonus, à savoir Beowulf, return to the Shieldlands, une série de la chaîne ITV, et Outlander (le film de SF, pas la série historico-fantastique avec la musique aux petits oignons de Bear McCreary)

La raison pour laquelle je mets ces deux projets à l'écart est assez simple : ils n'ont quasiment rien à voir avec la source, et je veux dire encore moins que le Beowulf avec Christophe Lambert, dans lequel on discernait encore le squelette de l'intrigue originale. Quelques noms sont mentionnés mais je ne parviens pas, même avec la meilleure volonté du monde, à déceler assez d'éléments pour en faire un article, comme je l'ai fait pour les deux nanars de cette rétrospective. 

Commençons par Outlander, car  c'est de loin le plus intéressant, ou du moins le plus divertissant des deux.

Alors, soyons clairs d'emblée, le réalisateur et co-scénariste Howard McCain déclare avoir voulu adapter Beowulf , et ce "depuis toujours" sans savoir comment "engager les spectateurs" et les faire croire à cette histoire (ça en dit long sur l'amour qu'il porte au poème, mais soit), et le scénariste Dirk Blackman déclare que c'est bien le concept du "Le poème original c'est une histoire vraie à base d'éléments SF". Donc les intentions du film et de ses créateurs étaient bien d'émuler ce qu'avaient fait Crichton et McTiernan avec le Treizième Guerrier.

Cela étant dit. 

On le verra, c'est une adaptation détournée particulièrement éloignée du poème et qui n'hésite pas à tirer son inspiration parmi d'autres source. Je suspecte que le script d'origine était peut-être bien plus proche du poème mais que les réécriture successives ont pu gommer cet aspect jusqu'à le rendre quasiment invisible pour la grande majorité du film. Certains détails de l'intrigue le laissent supposer. Malheureusement, les ressemblances sont en fin de compte si légères qu'elles deviennent anecdotiques et que les deux compères échouent dans leur démarche.

Le pitch est le suivant : un extra-terrestre, Kainan (Jim Kaviezel), s'écrase sur Terre avec son vaisseau prison, libérant un monstre carnassier (un Moorwen) qui va décimer les locaux. Il se trouve que les locaux en questions sont des scandinaves du VIIIe siècle, dans le dernier siècle de l'âge de Vendel, donc pas des vikings contrairement à ce qu'ils disent dans le film et que le marketing placarde partout.

C'est marrant ça, la date de 709 donnée dès la séquence d'introduction respecte la période du poème, mais le reste du film décide de s'en tamponner le coquillard. 

Par un hasard de dingue, notre héros, bien qu'extra-terrestre, ressemble en tout points à un être humain (la Terre étant présentée comme une colonie abandonnée, on peut supposer que les Humains descendent de cette race d'alien), et sa technologie lui permet d'apprendre instantanément le vieux norrois façon Néo et son Kung-Fu, neutralisant tout enjeu autour de la communication entre lui et les vikings pour aller direct au sujet (démontrant ainsi, s'il le fallait encore, la supériorité du Treizième Guerrier). 

Après les péripéties d'usage (il se fait capturer, on ne lui fait pas confiance, il prouve sa valeur, on lui fait confiance), les vikings et lui tentent de piéger le monstre et échouent. Ils traquent la bête jusqu'à son repaire dans une grotte en montagne avec une chute d'eau, et le trio final parvient à se débarrasser du Moorwen qui, on l'a découvert entre-temps, est en fait... la victime ! Et oui, retournement de situation incroyable, Kainan, qu'on pensait être un extra-terrestre sympa dont la famille avait été massacrée par la créature grâce à un flashback tragique, était en fait un homme (ou un alien quoi) rongé de remord car son espèce à littéralement génocidé la race des Moorwen pour faire de la place et si sa propre famille est morte, c'est parce que les aliens moches ont essayé de résister à leur propre extermination.

M. Moorwen juste avant de se faire atomiser.

Bref, le monstre est la victime incomprise, le héros est gris foncé, on est au moins dans la lignée des dernières adaptations de Beowulf, même si là ça me gêne pas, car si vous avez été attentif, il n'y a aucune trahison, puisque cette histoire n'a presque rien à voir avec le héros du Gautland : 

Déjà, Kainan... c'est lui qui amène le monstre (!!), et il est le bourreau de la créature, c'est lui la cause du problème en somme. Il n'y a qu'un seul monstre, qu'ils assimilent eux-même à un dragon (j'exclue le petit Moorwen car sa présence est anecdotique, cependant, si on veut vraiiiment se montrer généreux, il y a une Mère et son fils dans la famille monstre, mais la Mère endosse les deux rôles), même si on pourrait vite fait y voir un amalgame des trois monstres du poèmes (Grendel pour le côté attaques nocturnes, Maman Grendel pour le repaire lié à l'eau et la maternité, tout bêtement, et le dragon avec ses tentacules rougeoyants vaguement semblables au jet de flammes et qui le font ressembler aux créatures dans l'art viking, notamment dans le style Urnes). 

Un exemple du style Urnes
 

C'est moins évident avec des captures d'écran, alors voici le Moorwen en mouvement avec sa queue tentaculaire :

 


Enfin, pour en revenir au protagoniste, on suit l'archétype de l'étranger venu sauver le royaume (façon Christophe Lambert, et pas façon poème donc), un étranger, surhumain, qui vient seul (toujours comme Lambert), les péripéties ne correspondent à rien dans le poème ou presque.  

Néanmoins, parmi les éléments qui laissent supposer que la script initial devait être plus proche du poème, outre les noms de Hrothgar et Unferth, on note celui des Moorwen (moor, en anglais, c'est la lande, les tourbières, c'est à dire le lieu où vivent Grendel et sa Mère dans le poème). Dans une scène coupée ou répète bien clairement que le frère de Hrothgar, dont celui-ci a pris la place à sa mort et dont Wulfric est le fils, s'appelait Halga (il est possible que ce soit dit une fois dans le film à la volée), comme dans le poème, faisant de Wulfric l'équivalent de Hrodhulf, aka Hrolf Kraki.

Il y a également plusieurs éléments concentrés dans le final du métrage : la nage sous l'eau pour gagner le repaire de la créature, ici en passant par un puits, mais aussi la mise à mort du Moorwen, suspendu à une falaise au-dessus du vide (jusque là rien de très Beowulf), mais à qui on tranche le bras comme à Grendel pour le précipiter vers la mort... Puis comment Wulfric, devenu roi, agonise de la morsure (!) infligée par le Moorwen et s'assure que la créature est morte avant de transmettre le pouvoir à Kainan, comme Beowulf le fait avec Wiglaf dans le poème après a défaite du dragon. 

Mais alors, c'est censé être qui Beowulf dans cette histoire ? Kainan ou Wulfric ? Wulfric c'est pas le neveu de Hrothgar ? Est-ce que Faux Beowulf était en fait le personnage secondaire comme dans le Treizième Guerrier, et Kainan en fait c'est Ahmad Ibn Fadlân ?


 (Non.)

D'ailleurs, la chute d'eau m'évoque vaguement le Treizième Guerrier, les montagnes ça n'est pas la Fantaisinavie habituelle, cette fois, car le film a au moins le bon goût de se déplacer l'action en Norvège, pas au Plat Pays des Danois, donc ça passe (mais ça l'éloigne encore plus du poème). 

Bon, et enfin, alors que les siens sont venus le chercher, notre héros casse sa balise de secours car il décide de rester. Tout l'inverse de Beowulf, donc.

On l'a donc vu, à part les nom du roi Hrothgar et de Unferth qui passe par là  (même pas leur personnage, juste leur nom), ce film n'adapte pas vraiment Beowulf. C'est juste un alien qui amène un autre alien sur Terre et aide les Terriers à s'en débarrasser. Comme je le faisais remarquer, on pourrait estimer que sa manière de rougeoyer ardemment en attaquant trace un parallèle entre le Moorwen et le dragon, et c'est vrai. D'ailleurs, les vikings eux-même appellent la créature un dragon tout du long.

Toutefois, il y a d'autres héros légendaires que Beowulf à affronter des dragons, comme Sigurd le Völsung, par exemple. D'ailleurs, vous savez à quoi ressemble la halle des Völsungs dans la saga éponyme ? Une grande halle au toit ouvert pour laisser passer un énorme chêne (voire un pommier) nommé Barnstokk. Et vous ne devinerez jamais à quoi ressemble la halle du roi Hrothgar dans ce film... suspense insoutenable :



 Oh bah ça alors ! 

En plus d'offrir au spectateur un village fortifié évoquant sans copier, tel un brouillon, les futures forteresses rondes type Trelleborg, construites des siècles plus tard par le roi danois Harald à la Dent Bleue, on a droit à, clairement, un hommage à la halle des Völsungs. Le clin d’œil me fait très, très plaisir car c'est un détail négligé par les adaptations des Nibelungen

En parlant de la Völsunga Saga, Kainan se faisant forger une épée plus solide que n'importe quelle autre arme à sa disposition pour aller tuer le monstre (à base d'un fragment de métal de son vaisseau écrasé) évoque clairement plus Sigurd que Beowulf. Il y a même un chef de clan qui s'appelle Gunnar, même si c'est un nom finalement très courant. Et pour les amateurs de Fantasy plus récente, il y a Boromir (si, si, c'est même le comic relief, Tolkien doit être fier), prouvant qu'on est dans l’œuf de Pâques et le brassage de références connues, rien de plus, comme cette séquence de jeu d'adresse (ici sur les boucliers), un trope des festins commun dans les sagas, par ailleurs absent de Beowulf.

Je trouve très intéressant que l'opposition christianisme / paganisme soit non seulement de retour, mais agrémenté d'une troisième option : Kainan, qui ne crois évidemment ni aux dieux, ni au Destin, mais en sa seule capacité à décider de ses actions. C'est un point de vue moderne mais qu'on retrouve parfois dans les sagas, donc ça n'est pas hors de propos et ça change un peu du trope mis en place par Beowulf & Grendel, dont Outlander reprend même l'idée du moine se confrontant à la créature armé uniquement de sa foi... sauf qu'ici ça se termine pas aussi bien pour le clerc, hihi

Trop long, pas lu : Outlander ne cherche même pas à adapter Beowulf, même si ce fut l'ambition initiale, en fait, il y fait juste référence et pioche ce qui lui plaît, au même titre que d'autres sagas connues et appréciées, pour flatter les amateurs d'histoires de barbus bourrins. Et c'est très bien comme ça, ainsi pas de trahison du poème. Comme pot pourri et best-of de sagas, c'est assez réussi.

Faut-il voir le film ? Si vous voulez une bonne adaptation détournée de Beowulf, regardez plutôt le Treizième Guerrier, car sur cet aspect pourtant revendiqué, Outlander échoue. En revanche, si vous souhaitez regarder un petit film d'aventure SF sympa avec des """vikings""" et un alien qui traquent un monstre pendant que vous mangez du pop-corn, oui ! Ce n'est peut-être pas de la SF intellectuelle mais c'est fun, et en plus il y a John Hurt et Ron Perlman ! 

Oui, j'avais gardé le meilleur pour la fin.

Enfin, pas exactement, car... passons à

*roulement de tonnerre* 

Beowulf, return to the Shieldlands 

Cette série n'a pas la même excuse.

Cette fois, il y a carrément "Beowulf" dans le titre, on est donc en droit d'attendre un peu plus qu'Outlander et ses petits coups de coude discrets dans les côtes. Est-ce que la série a plus de rapport avec le poème que les extraterrestres chez les vikings ?

Et non !

Déjà, il y a un petit test très simple qui permet de se faire une idée assez rapidement : ouvrez la page IMDB du film ou de la série que vous souhaitez mettre à l'épreuve et regardez la liste des acteurs, et donc des personnages. Relevez les noms qui proviennent de la source, voire estimez le ratio noms originaux / noms inventés pour l'occasion. Ce n'est pas une garantie, bien sûr, par exemple le Roland sorti d'un chapeau dans le Beowulf avec Christophe Lambert correspond à peu près au Hunferth du poème, quant au Beowulf de Zemeckis, il a un bon ratio mais ne respecte pas les personnages en question. Ainsi ça ne suffit pas à juger l’œuvre, mais ça donne une idée de ce en quoi on s'embarque. Par exemple, pour cette série, on obtient :

Noms tirés du poème : Hrothgar, Herot (une autre orthographie pour Heorot, ça compte), Beowulf, bien sûr, Breca (Brecca et Breca se valent), Grendel, Wulfing et... c'est tout. Alors c'est mieux que le Beowulf de Lambert, mais c'est là une barre bien basse. Il y a cependant une différence, et de taille : le ratio.

Return to the Shieldlands liste 6 noms propres tirés de Beowulf sur 59 noms propres listés, soit à peine plus de 10%. Et parmi les 90% d'inventions on trouve des noms tout à fait dans le ton comme Slean, Axel, Aaron, Shay, Malek, Roth, Treece, Greff, Jogan... en somme, on est vraiment transporté à l'Âge de Vendel. (Par souci d'honnêteté intellectuelle et pour les curieux, le ratio pour le nanar de 99 c'est 3 noms propres tirés du poème sur 9 noms propres au total, soit un tiers.) Encore une fois, ça ne veut rien dire en soit, alors voyons le pitch :

Beowulf, accompagné de son comic-relief Breca, revient à Herot pour rendre un dernier hommage au roi Hrothgar qui vient de décéder. Il n'y est pas le bienvenue, détesté par le prince Slean. En effet, Beowulf a été recueilli enfant par Hrothgar, après la mort de son père, et le roi le préférait à son propre fils (mais en fait, c'est parce que Beowulf était son vrai fils, aha ! Celle-là vous ne l'aviez pas vu venir !). S'en suit une guerre larvée de succession au titre de "jarl", le chef de toutes les tribus, à base de machinations politicoproutprout et de trahisons, tandis qu'en toile de fond gronde un retour des monstres qui vivaient sur ces terres autrefois, et que les hommes ont quasiment exterminé mais qui grouillent encore aux franges du monde civilisé.

En étant d'une extrême générosité, je dirais que la série extrapole sur la tension politique du poème quand Hrothgar offre son trône à Beowulf afin que ça ne tourne pas au vinaigre avec son neveu, qui risquerait de se débarrasser des trop jeunes princes. Mais soyons honnêtes, ce n'est pas vers le poème que cette série s'est tournée pour l'inspiration, mais vers ce qui était hyper populaire à l'époque de sa sortie : Games of Thrones et Vikings (d'ailleurs on trouve David Bradley, qui joue Walder Frey dans GoT, et Jefferson Hall, qui joue Torstein dans Vikings). Vous ne me croyez pas ? Matez le générique et dites-moi si ça ne vous rappelle rien :


L'écriture des intrigues, les costumes, tout est fait pour capitaliser sur ces succès, mais sans le budget. C'est simple, Return to the Shieldlands fait passer les scènes de bataille de la première saison de Vikings pour la bataille du Gouffre de Helm. Ah d'ailleurs, l'architecture en ruine des "géants" qui vivaient autrefois sur ces terres et ont été massacrés est très, trèèès inspirée du Seigneur des Anneaux / Hobbit, quelle coïncidence ! Enfin, tout ça, sans tunes quoi.

Trèèèèès inspiré.

Il est intéressant de noter que faire des monstres les descendants d'une race antique éliminée, chassés par les hommes et repoussés dans les bordures du monde, c'est exactement le point de vue de la Mère de Grendel dans le Beowulf de Zemeckis. Oh, je vous avais dit qu'il y avait toute une intrigue autour des monstres qui sont les victimes après tout et qui sont les vrais monstres quand on y regarde de plus près et... oui, c'est la même chose depuis Beowulf & Grendel. Sauf que là, je m'en fous, puisque ce n'est pas Beowulf !

Ces costumes... Rien à ajouter...
Mis à part quelques noms disséminés ici ou là, RIEN ne ressemble au poème, mais étrangement, on trouve plein de parallèles et d'inspirations... dans les adaptations précédentes. Ainsi la boucle est bouclée : on regarde une œuvre strictement basée sur les mauvaises interprétations et, de fait, l'image incorrecte du récit qui s’est développé dans l'inconscient populaire, pas du tout sur l’œuvre dont elle se pare du nom sans aucune gêne. C'est du téléphone Alaman ! Chaque version modifie encore plus l'histoire jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un saupoudrage léger sur... autre chose. À force de regarder des films raconter l'histoire de travers sans lire le texte à côté, on obtient un truc qui ne ressemble plus à rien, dans un univers de Fantasy générique au possible (adieu Danemark, Gautland et Frise, bonjour Shiedlands, Farlands, et pourquoi pas Disneylands), avec des nations à code couleur de jeux vidéos qui n'ont aucun sens, des costumes à peine meilleurs que Hercules et Xéna, pas assez de figurants pour ses ambitions, des monstres vus et revus (faces de félins et cornes, changeurs de formes, il y a même des vers des sables qu'on attire en tapant sur le sable. J'aimerai plaisanter...)

Y a une scène où les gentils nous font une 300 commandée sur Ali Express, sur un pont, capes rouges et tout, et le méchant dit "Tu as quoi, une douzaine d'hommes, quant à moi, je mène..." Et mon cynisme esprit a immédiatement fini sa phrase : "la même douzaine d'homme qui se sont vite fait changés pour le contrechamps", mais non, en fait il répond "une armée." 

 

Le méchant et son, euh, armée.

Bref, cette adaptation s'inspire... des adaptions. Et mal, en plus. Le poète anonyme, quant à lui, se retourne dans sa tombe et pleure.

Faut-il voir la série ? Non. Déjà, parce que dans le même genre il y a bien mieux ailleurs, et en plus ça ne se finit pas car la saison 2 n'a jamais vu le jour. Absolument rien n'est résolu, et c'était nul. Épargnez-vous ça !

Le point bande-originale

La BO d'Outlander est vraiment cool. Elle est composée par Geoff Zanelli, un second couteau de la bande à Hans Zimmer qui a fait beaucoup de "composition additionnelle" notamment sur les Pirates des Caraïbes 1 à 4 avant de devenir le compositeur principal du cinquième opus (et je préfère sa musique pour ce film à celle de Hans pour le quatre, voilà, c'est dit). Outlander est l'un de ses premiers projets en compositeur principal et on sent qu'il n'est pas encore à son maximum, pourtant il livre un score plus qu'honnête, avec un thème épique pour Kainan et les vikings (qui rappelle fortement le Roi Lion *tousse*), et un autre, mélancolique, pour les flashbacks et les regrets. Une suite pour donner une idée :


La BO de Beowulf, return to the Shieldlands par Rob Lane est fort sympatoche, le thème principal reste bien tête et plusieurs séquences aussi. Après, c'est de la composition pour télévision des années 2010, on sent les inspirations déjà nommées, avec techniques vocales ethniques et nordiques (ils ont réussi à se payer Eivør Pálsdóttir, ça ajoute de suite un grosse plus-value... ah tiens, comme l'avais The Last Kingdom !), instrumentations très Vikings, Einar Selvik en moins, et puis le combo chœurs / percussions de la Fantasy de ce temps-là. En vrai, ça m'a rappelé certaines BO de séries BBC comme Robin des Bois, etc., un thème efficace et pas mal de remplissage, non dénué de pistes plaisantes mais sans aucune ambitions de prendre place au panthéon des compositions de légende... le tout mélangé aux BO types Vikings et Last Kingdom qui ont beaucoup plus de richesse et de texture dans leurs instrumentations (on ne remerciera jamais assez Einar pour ça). Un bâtard entre deux époques, et pourtant, j'avoue que l'aime suffisamment pour avoir mis la main sur le CD. J'ai déjà mis le générique / thème principal donc voici d'autres exemples :