On pouvait espérer qu'en attaquant sur un nanar dès 1999, on n'aurait plus besoin de s'infliger une autre adaptation fauchée, que c'était rayé de la liste. Mais c'était sans compter sur la règle du téléfilm ! Vous savez, il arrive après des grosses productions à acteurs prestigieux, il n'a pas le budget de ses ambitions, mais au final il s'en sort pas si mal, en tout cas mieux que ce qu'on croirait au premier abord. Les Nibelungen ont eu le très honnête et sympathique Curse of the Ring, le guerrier Gaut aura lui son Beowulf et la colère des dieux. Le miracle télévisuel se reproduira-t-il ? Voyons cela ensemble.
Bon, d'abord, taclons l'évidence : cette affiche pue du cul, mais elle est trompeuse sous bien des aspects. Déjà le logo Universal en bas : c'est simplement que Universal distribue les DVD/Blurays, ils n'ont pas produit le film, non non, bien que ça ne se voit pas sur la jaquette (tiens, pourquoi??) c'est une production Sci Fi (Aujourd'hui SyFy). Tout de suite, ça calme, hein.
Ensuite, le costume ridicule. Je vous rassure, Beowulf n'est jamais torse poil dans la neige avec une cape directement brochée à ses pecs, il porte une armure - Fantasy, certes, mais une armure tout de même ! À l'évidence, le graphiste a reçu pour consigne d'ajouter une touche "This is Sparta" afin de tromper appâter le chaland. Ironiquement, c'est probablement l'un des seuls héros à se mettre nu pour un combat dans sa source, mais ils ne saisissent pas l'occasion de montre des abdos huilés...
Comment ? Le casque à cornes de carnaval ? Je... eh bien... hum...
Oui, malheureusement c'est dans film... beaucoup, en plus, avec plusieurs variantes plus ridicules les unes que les autres, qui n'ont l'air ni cool, ni pratiques... c'est d'ailleurs presque choquant de voir ce genre de design ringard utilisé au premier degré en 2007, quatre ans seulement avant que la série Vikings ne redéfinisse le cliché du viking dans la culture pop. Un véritable chant du cygne des bottes fourrée et casques wagnériens à l'ancienne, en somme, l'ultime coup d'éclat du kitch d'autrefois.
Allez, je sais bien que vous êtes venus pour cela alors :
"Dovahkiin ! Dovahkiin ! Straight from the garbage bin !"
"Bad horns, bad horns, whatcha donna do ? Whatcha gonna do when the gang goes Moo ?"
L'histoire
On commence par une introduction au personnage de Beowulf grâce à une voix off qui vante le bonhomme tel qu'on le raconte : géant, fort comme dix hommes, valeureux, etc. Dès la première minute on nous dit aussi que c'est un guerrier viking, et la pression artérielle monte déjà, on respire, on respire. Allez, disons que c'est une manière pour le film d'assumer un glissement chronologique, comme l'avait fait le Treizième Guerrier. Admettons. Je suis d'autant plus enclin à fermer les yeux que la voix off nous le présente également comme : fils d'Ecgtheow (je suis ultra impressionné, premier degré), au service de Hygelac, le roi des Gauts.
Ah ça rigole moins, hein ? J'ai dit "production Sci Fi" et vous pensiez déjà que ce serait la fête du slip en peau de bête ! Moi aussi, alors que non. (spoiler : si, si si...)
Oui, sauf que ce que j'ai omis de préciser, c'est que Hygelac (Harry Anichkin) ressemble à ça :
"Pense à tes impôts Harry ! Tu es content d'être là, pense à tes impôts !"
La scène d'introduction c'est Beowulf qui va poutrer une horrible bestiole dans une (très chouette) caverne, un serpent géant, non sans enlever son casque ridicule parce qu'il n'en aura pas besoin (tu m'étonnes). Le héros décapite la créature en CGI qui piquer les yeux et tout le monde le célèbre. On réalise vite que le téléfilm fait un choix similaire au chef-d’œuvre de Christophe Lambert, à savoir faire de Beowulf un tueur de monstre quasi professionnel. De retour auprès d'Hygelac il est envoyé dans sa mission contre Grendel. Il est intéressant de noter qu'ici c'est Hygelac qui donne l'ordre d'y aller, alors que dans le poème Beowulf doit le convaincre d'accepter de le laisser partir.
Dans cette version, Beowulf est accompagné d'un certain Finn, qui n'est pas le Frison du poème mais un prince, le neveu d'Hygelac, jeune et aventureux (dont les parents ont été trahis et assassiné, donc on garde un hommage au Finn de la source) qui insiste pour accompagner le tueur de monstres (vous connaissez l'archétype, je ne vous fais pas un dessin). Beowulf jure au roi qu'il n'arrivera rien à son neveu... si tu vois c'que j'veux dire. Hygelac accepte et offre un petit cadeau au héros, une arme. Alors le film a déjà le très bon goût de nommer l'épée de Beowulg, Naegling (sauf que c'est l'épée qu'il utilise à la fin contre le dragon, pas contre Grendel, mais un sticker en forme d'étoile pour l'effort), tout ce name-dropping laissant penser que les scénaristes ont au moins feuilleté la source et ça, ça fait plaisir. Bref, Hygelac lui offre "plus qu'une épée", il lui refile...
Une arbalète.
Une arbalète... à carreaux explosifs.
Il y a même une lunette de visée ! Tactical Beowulf, fuck yeah !
Et c'est là que l'influence du nanar de 99 ressurgit comme un pied d'athlète. RIEN ne connecte arbalète et armes gadgets avec Beowulf, c'est totalement anachronique et aucune adaptation n'a fait le lien... aucune SAUF celle avec Christophe Lambert, la première grosse adaptation grand public. Quand je vous disais qu'elle avait marqué les esprits comme un pet foireux une culotte propre, je ne plaisantais pas.
Mais revenons au téléfilm. La Team Beowulf traverse la mer sur un, eu... une caravelle de la renaissance... ? Un navire pseudo-antique...? Tout sauf scandinave Vendel/Viking quoi. J'imagine qu'ils ont recyclé un décor + modèle 3D et que modéliser un langskip aurait coûté trop cher.
Rien ne va.
Mon intuition se confirme quand Beowulf raconte en flashback à son équipage l'histoire du roi Hrothgar, qu'ils partent délivrer de son monstre, et que la grande halle des Danois du haut moyen-âge ressemble à... Rome. Non, je ne plaisante pas, ce sont des décors de film antique, même pas maquillés pour passer pour du scandinave. Heorot est donc tout en pierre et colonnades, avec des frontons à chapiteaux. Et c'est élaboré, hein ! Décors intérieurs, extérieurs, et en 3D !
Là c'est moi qui frime devant une halle danoise (reconstituée) correspondant à l'époque choisie par le film. C'est bon, vous l'avez ?
Et maintenant Heorot Invictus :
Chris Bruno (Beowulf), Ben Cross (Hrothgar) et Marina Sirtis (Onela) regrettent leurs choix de carrière.
Le jeu sortira sur Playstation il y a vingt ans.
Recycler les décors c'est bon pour les finances du studio.
Le top du top, c'est les Pyrénées de chaque côté. C'est tellement l'Anti-Danermark cette image.
Hrothgar fut un grand guerrier, nous dit-on, qui a forgé son royaume par la violence et construit Heorot pour célébrer son triomphe et... oui. C'est exactement Hrothgar dans le poème, un destructeurs de petits royaumes qui a su rouler sur tout le monde pour finir au-dessus de la pile. Parfait, film, parfait. Il est l'époux de la belle Onela et
*pouffe* Pardon. Onela... *pouffe* Onela est bien un nom tiré du poème, mais... c'est un roi Suédois. L'épouse de Hrothgar c'est Wealhtheow, mais j'imagine que Onela c'est plus facile. Les scénaristes ont donc bien feuilleté la source, mais vite fait, quoi, en diagonale. Ils reprennent également le nom de Sigmund qui apparaît dans la source dans un récit enchâssé (l'histoire de Sigmund, le papa de Sigurd / Siegfried) et le donnent à un compagnon de Beowulf. Au moins c'est un nom masculin.
Le flashback continue et nous donne Hunferth comme fils de Hrothgar, un choix similaire au Treizième Guerrier, et une simplification astucieuse, je ne vais pas me plaindre. On a droit au récit de la première attaque de Grendel, décrit comme un fils des géants descendant de Cain dans la Bible, hantant les marais et tourbières, on le voit sortant de la brume, il "détesterait le son des chants et des rires" : oui, c'est Grendel, 100%. Le design est... vidéoludique, on va dire, mais pourquoi pas. Alors jusqu'ici, ça va encore. Mais.
On finit par : Hrothgar abandonnant son palais romain sa halle pour un village cracra, le jeune prince meurt durant une traque de Grendel à cause de l'aîné, Hunferth, qui le trahit, et la reine est devenue folle (vous le comprendrez grâce au jeu si subtil de l'actrice) avec des visions. Bon, j'avoue, juste pour les regards WTF que Hrothgar lui lance quand elle s'emballe, c'est rigolo. Néanmoins, on vient de sacrément faire un pas de côté alors que ça commençait bien. Mais ce n'est pas tout ! La Team Beowulf croise Grendel dans le bois, en plein jour, comme ça... ils lui tirent un carreau d'arbalète explosif qui manque le monstre mais le feu l'effraie. Hunferth débarque pour reproduire la scène de l'émissaire dans le poème, check, et ils se rendent dans le village fortifié, où tout le monde a peur et est sale. Hrothgar les accueille et, bon point, on établit qu'ils se connaissent depuis la jeunesse de Beowulf. Check ! Et que Grendel refuse d'attaquer le trône par peur du jugement divin ! Check ! Eh, c'est pas si mal !
Le n'importe quoi sorti d'un chapeau (à cornes)
Alors je passe sur le fait que Finn rencontre la jeune Ingrid et tombe sous son charme, et que ça rend Hunferth jaloux, tout ce qui a trait à Finn dans ce film sort d'un chapeau. En revanche, Hunferth chafouin et alcoolisé qui raconte l'incident avec Brecca pour embarrasser ses hôtes, c'est dans la source, ça vous commencez à le savoir. La première attaque de Grendel s'en suit, une embuscade sophistiquée mais mal ficelée qui échoue lamentablement et voit Finn blessé (évidemment), c'est à dire... l'inverse du poème, où on n'applique aucune stratégie, on attend le monstre et on lui arrache le bras.
Je sais ce que vous pensez, sauf que ce n'est pas Ingrid que Finn regarde comme cela, mais Beowulf.
Vous voyez, d'un point de vue adaptation, ce film c'est des montagnes russes dignes d'un sketch des Inconnus :
Et la grande descente arrive car le téléfilm nous balance une bombe, une révélation sur l'origine du mal qui ronge le pays des Danois... et accrochez-vous car ça n'a rien à voir avec le poème. Alors on sort notre chapeau à bullshit et on en tire... ceci : En fait, à la base le monstre qui posait problème c'était la mère de Grendel, et pour l'apaiser car elle causait des malheurs, Hrothgar lui offrait des... sacrifices humains lors des pleines lunes ! Des enfants ! Ah, ça vous la coupe, hein ! En plus ce n'est pas une créature aquatique, comme dans la source et tel que le Beowulf & Grendel l'avait respecté, mais un monstre ailé comme... comme... le nanar avec Christophe Lambert, et oui ! Toujours là, cette fistule !
Blague à part, l'idée n'est pas totalement absurde : Grendel et sa mère vivent dans les tourbières danoises où l'ont a découvert plusieurs victimes de sacrifices humains, comme le célèbre Homme de Tollund. Donc lier les deux, ce n'est pas complètement farfelu, mais comme on montre le sacrifice ayant lieu dans une grande grotte (probablement la même que celle de l'intro, parce que 0 budget) et que la mère de Grendel est juste une harpie... bah ça casse un peu le truc.
Grendel sous son meilleur jour.
Cette créature est totalement intégrée à son environnement, on croirait un effet pratique, c'est bluffant.
Bref, ce système fonctionne un temps jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans la forêt (pas les marais...) après avoir enfanté de Grendel, qui en grandissant tue de plus en plus, au point que le roi a repris le rituel. DARK SECRETS REVEALED !! Mais il y a encore mieux au fond du chapeau : ils reprennent l'offensive et chasse Grendel hors des bois en... catapultant des barils d'huile explosive ! Tellement ViIiIkKkKIiiIiNnG (non). Finalement, on arrache le bras de Grendel qui meurt de sa blessure, on fête la victoire, check. Mais Une fois la Team Beowulf repartie, la Mère des CGI Honteux passe à l'attaque et kidnappe Ingrid.Hunferth part la sauver et meurt comme une merdeconclue un arc de rédemption que personne n'avait vu venir du tout non pas du tout trouve une mort héroïque.
En vrai, c'est cool de donner à Hunferth un rôle au delà de "je ne te crois pas capable Beowulf, tu es un menteur... ah bah en fait non, tu es un preux et je te respecte". C'est pas hyper bien fait, mais la volonté est louable. Finalement, ce ne sera donc pas Hunferth qui sauvera la demoiselle en détresse mais BeowNANje déconne, c'est Finn, évidemment. Bon, au prix de sa propre capture, mais tout de même, la tâche est accomplie.
La Mère de Grendel. Je suis sûr qu'ils ont fait de leur mieux.
Ne reste plus qu'à sauver Finn, et on a toujours pas raccroché les wagons avec la source, hein, je dis ça. Le roi Hrothgar révèle à Beowulf l'existence d'une épée prophétisée comme capable de tuer la Mère des Horreurs Numériques, Aeltes apparemment, ça ne me dit rien du tout mais soit. Elle est ridiculement énorme, mais ça après ça suit la source où il s'agit d'une épée de géant. Cela dit on s'en fout puisque Beowulf préfère son arbalète piou piou boum crash piou piou oh pardon j'imaginais juste ce qu'avait donné la réunion préparatoire pour diriger la scène. Finalement ce sont les efforts combinés de Beowulf et Finn qui permettent au héros de décapiter le monstre, et c'est une victoire à l'arrachée pour la Team Beowulf. Finn finit avec Ingrid avec laquelle il fonde une famille et Beowulf reprend ses aventures et, comme dans Beowulf & Grendel, rien d'affreux ne lui arrivera jamais plus après cela, surtout pas avec un dragon... Happy End !
Conclusion
Vous l'aurez compris, ce téléfilm se dandine tantôt sur le pied de la fidélité, une volonté évidente de revenir à la source et de ne pas complètement tout réinventer, comme l'a fait le nanar de 99, tantôt sur celui de la, euh, créativité. Certains changements sont tout à fait pertinents, d'autres très curieux, mais en dehors des contraintes budgétaires évidentes (réutilisations de décors pour Heorot, la même caverne en permanence) et les moments WTF très américains comme Beowulf canardant les monstres d'explosifs avec son arbalète sponsorisée par la NRA (on sent que sans armes à feu, les scénaristes avaient du mal à concevoir un combat contre une créature énorme), en dehors de cela, donc, on a peu de trahisons totales des personnages. Sauf ce délire de Hrothgar sacrifiant des enfants, ça, c'est vraiment n'imp', tout l'arc autour de Finn sort de nulle part et en vrai osef... non, vraiment c'est pas bon, et on sent toujours l'ombre du nanar de 99 planer !
Même Hunferth, amoureux éconduit d'Ingrid qui meurt en se sacrifiant pour elle et accepte qu'elle en aime en autre... c'est le personnage de Roland du film avec Lambert ! L'ADN de cette purge continue de couler dans le sang des adaptations de Beowulf, c'est terrible... et ce n'est pas fini, comme vous le verrez dans la prochain article sur une autre adaptation, sortie elle aussi en 2007, mais avec du budget et des vrais enfin bons enfin, des acteurs.
Bref, ce n'est pas la catastrophe industrielle à laquelle on pouvait s'attendre, mais c'est pas terrible non plus, mais attention ! Là je ne parle qu'en tant qu'adaptation !
En tant que film, c'est :
Les acteurs savent très bien dans quoi ils jouent et ne font aucun effort, sauf la reine qui en fait beaucoup trop pour interpréter la FoLiE. Les costumes sont abominables et puent le recyclage, les casques à cornes désamorcent toute tentative du téléfilm de créer de la tension dramatique. Les effets numériques sont remarquables, au sens où on les remarque aisément, pas qu'ils soient bons.
"Et l'oscar de la meilleure actrice dans un rôle frapadingue est attribué à..."
Le moment où tu te demandes si c'est la réaction du personnage de Hrothgar ou si celle de l'acteur face à sa collègue. En tout cas ce sera souvent la vôtre devant ce téléfilm.
Faut-il le voir ?
Non. Ce n'est pas assez drôle pour une soirée nanar (vous allez regretter Christophe Lambert), ce n'est pas assez bien pour y prendre plaisir au premier degré comme l'est Curse of the Ring, et si vous voulez regarder une adaptation de Beowulf, il y a bien mieux ailleurs, y compris une sortie la même année, avec un bon réalisateur et de bons acteurs, qui souffre malheureusement de son audace technique, mais j'y reviendrais très bientôt. Quant à ce Beowulf et la colère des dieux, c'est juste nul, et devant pareil massacre, moi aussi je suis en colère maintenant.
Le point bande-originale
ZZZzzzzzZZZ Hein ? Quoi Musique composé par Nathan Furst, vétéran des compositions pour téléfilms. C'est générique au possible, soporifique. OSEF 9000.
Vous avez été nombreux à lire ma rétrospective des films adaptant les légendes des Nibelungen... ah, on me souffle dans l'oreillette que vous avez été surtout nombreux à lire l'article sur la version coquine, bizarrement. Je ne juge pas. Il est donc temps de poursuivre notre voyage cinéphile, en nous penchant cette fois sur une autre légende qui bénéficia, au fil des années, d'une popularité certaine sur nos écrans :
Il y a deux écoles, lorsqu'on lit le nom de B E O W U L F écrit ainsi en lettres majuscules badass, deux types de personnes. Celles qui entendront immédiatement les percussions martiales du thème musical incroyable d'Alan Silvestri pour l'adaptation en 3D de Robert Zemeckis, et puis il y a celles qui entendront de la techno. Et soyez sans craintes, on les passera en revue, ces deux films, et plus encore. Il y a aura des adaptations relativement fidèles, d'autres n'ayant d'adaptation que le nom du film et du personnage principal, mais sans aucun rapport avec la source, des tentatives de réinterprétation plus ou moins réussies ou astucieuses, de la Fantasy comme de la SF, et puis des purges avec des casques à cornes. Ou de la techno.
Bienvenue dans cette rétrospective BEOWULF.
La jaquette du DVD, qui décide bizarrement d'orthographier le film "Beowülf" avec un umlaut. Hommage au groupe de métal homonyme ? Très curieux, sachant que le contenu du DVD (cf. ci-dessus) l'écrit correctement...
Or, ce voyage commence en 1998, avec le court (27min) film d'animation Beowulf, par Yuri Kulakov, qui fait partie d'une série appelée Animated Epics (incluant également les Contes de Canterbury et Moby Dick). (Je passe volontairement sous silence le film d'animation Grendel Grendel Grendel de 1981, car je n'ai pas réussi à me le procurer. Si cela devait changer, j'en parlerai une autre fois. A priori il s'agirait d'une comédie avec un ton à la Monty Python, je suis curieux.)
Néanmoins, ça attaque fort, parce qu'on part sur une animation datée, très saccadée qui rappelle un peu la rotoscopie du Seigneur des Anneaux de Bakshi (mais c'est en réalité une animation par peinture sur verre) ainsi qu'une BO parfois un peu badante, le tout donnant l'impression d'être sorti 20 ans avant 1998 (pour rappel la même année sortaient Kirikou et la sorcière, Mulan, ou encore Le Prince d’Égypte... oui, oui, tout ça c'était il y a 27 ans, je vous en prie, tout le plaisir est pour moi.) Alors je ne dis pas, ça a son charme, hein, mais on ne peut pas dire qu'on démarre avec un chef-d’œuvre visuel, trop d'ambition pour trop peu de moyens, j'imagine. Mais ne vous laissez pas dissuader par le style, car le court métrage a d'autres atouts dans sa manche.
Déjà, le casting. Vous entendrez, entre autre, les voix de Michael Sheen, Joseph Fiennes, Derek Jacobi... il y a du beau monde. Mais c'est surtout le script qui brille dans cette adaptation, et qui fait du film un parfait point de départ pour ma série. Pourquoi ? Parce qu'il est (relativement) fidèle à la source, et ses écarts sont surtout par omissions plutôt que inventions ou trahisons. Une base solide pour avoir Beowulf bien en tête avant d'attaquer les adaptations plus... enfin moins... enfin, vous savez bien. C'est pourquoi on va prendre la chose de manière très linéaire, ça fera office de résumé du poème. Et pour une fois, je suis même en mesure de vous présenter le film avant d'en discuter !
On commence par introduire les Danois, leur roi Hrothgar le Scyldien et sa grande halle Heorot (la halle au cerf). J'apprécie qu'on prenne le temps de montrer la tête de cerf qui lui donne son nom, au-dessus de l'entrée, petit détail mais qui fait plaisir. On entend par le narrateur comment ils profitent de leur succès en faisant la fête dans l'insouciance, sans se préoccuper des avertissements concernant la menace qui rôde : une créature marrie de la joie des hommes. Hrothgar est trop orgueilleux et trop fier de sa halle pour prendre la menace au sérieux... jusqu'à ce que Grendel sorte des marais, au cœur de la nuit, pour faire un carnage. Nuit après nuit, il revient pour terroriser Heorot, tuant sans merci, à l'exception du roi qu'il ne touche pas. Les gens désertent alors la halle au cerf, même les plus braves n'osent offrir leur service au pauvre Hrothgar (dans le poème ça va durer comme ça douze hiver).
"It was at this moment Hrothgar knew, he fucked up."
Jusqu'à ce que débarque... BEOWULF *lance la Techno*NONON, pas ce Beowulf, le vrai Beowulf *Ah... bon bah j'éteins la Techno* C'est un Gaut, c'est à dire qu'il vient du centre de la Suède actuelle. Il a entendu parler de Grendel et veut combattre le monstre. Il est intéressant de noter que le court métrage, bien que très limité par le temps, prends la peine de nous montrer le héros à la cour de son seigneur, Hygelac, car il n'est pas roi ni maître de ses gens comme on pourrait le croire dans les adaptations ultérieures, il sert son oncle le roi Hygelac en Gautland, et doit donc lui demander le droit de partir en expédition. Hygelac n'a pas forcément envie de se séparer, même temporairement, de son neveu et accessoirement meilleur guerrier, et préfèrerait que les Danois se démerdent, mais Beowulf rappelle que Hrothgar a jadis offert l’asile à Ecgtheow, le père de Beowulf, après qu'il ait tué un Wulfing.
Le film résume l'événement en "il a sauvé mon père", mais dans le poème on apprend qu'il l'a non seulement accueilli et protégé, mais il a également payé le Wergeld, le dédommagement judiciaire (sonnant et trébuchant), puis usé de diplomatie pour réconcilier les clans, et que Beowulf a passé sa jeunesse auprès de lui comme cela se faisait beaucoup pour l'éducation des princes (un genre d'Erasmus avant l'heure). Aussi, Beowulf ne cherche-t-il pas seulement l'aventure au pif, il veut surtout rendre service à un roi avec qui il a une relation très personnelle, et qui a littéralement sauvé la vie de son père au pire moment. L'honneur et le devoir dictent sa conduite, pas nécessairement la soif d'aventure ou l'orgueil mal placé (il sera utile de s'en souvenir pour les adaptations futures). Hygelac ne peut lui refuser.
On notera que Beowulf est imberbe !
L'accueil frigide que les Gauts reçoivent de la part des Danois au premier abord est fidèle au poème, ainsi que la mise en question de sa réputation et des rumeurs à son sujet. Hunferth se montre particulièrement critique et l'accuse carrément de mentir. Le poème rentre plus dans le détail, notamment lorsque Hunferth confronte Beowulf avec l'histoire d'un défi contre un certain Brecca, une course de natation que Beowulf aurait perdue, mais je garde cela pour plus tard, lorsque nous parlerons du film de Robert Zemeckis. L'idée est bien là, simplement le court métrage ne rentre pas dans le détail.
S'en suit l'attaque de Grendel et son combat contre Beowulf. Celui-ci a déclaré vouloir combattre d'égal à égal, et puisque le monstre n'emploie pas d'armes, alors lui non plus, et on assiste à une lutte à mains nues. Bon, dans le poème, il n'y a pas que les mains qui sont nues, car il se met littéralement à poil pour pousser l'égalité jusqu'au bout, pas de cotte de mailles, rien, mais allez savoir pourquoi, pas de Beowulf -18 dans ce film. A la place on a une séquence très étrange qui m'a un peu rappelé la grotte hantée de la Bête dans Les Douze Travaux d'Astérix. Mais le résultat est le même : Beowulf lui arrache un bras et Grendel fuit pour mourir dans les marais, puis on attache le membre sanguinolent à la vue de tous (dans le poème on l'accroche aux bois de cerf, ici on l'accroche avec des chaînes).
Pas de bras, pas de Danois.
On récompense le héros comme il se doit, et il reçoit notamment de la reine Wealhtheow un collier particulièrement précieux : le collier des Brisingar. Et puis on fait la fête et... oh bah mince, il y avait un deuxième monstre ! Hrothgar en avait bien entendu parler mais il a oublié de le mentionner à Beowulf - il est distrait, mais il a beaucoup de responsabilités, vous comprenez. Cette nouvelle créature, c'est la Mère de Grendel, qui vient venger son fils. Elle tue plein d'homme et kidnappe le fidèle conseiller de Hrothgar, Aeschere. Pour la première fois le film change l'intrigue plutôt que d'omettre des choses : normalement Aeschere est le premier guerrier à périr, et c'est le fils préféré de Hrothgar qui est enlevé. Comment ? Oui, Hrothgar a plusieurs fils, oui, et il a un préféré. Enfin avait. Oups.
Beowulf part (accompagné) en expédition pour retrouver la Mère de Grendel, et Hunferth, qui a depuis compris que le Gaut était un vrai badass, lui offre l'épée de sa famille Hrunting, qui n'a jamais failli à son porteur (le poème précise même que la lame est forgée avec du venin pour +10 en charisme, ce qui n'est pas sans évoquer es nombreuses lames forgée avec du sang ou venin de salamandre dans le corpus continental). Beowulf plonge sous les eaux sombres pour rejoindre une caverne à l'entrée immergée, là c'est le Deuxième Round pour notre héros, qui découvre très vite que Hrunting peut, en fait, faillir à son porteur.
Bon, Hrunting a failli, qu'à cela ne tienne, Beowulf ramasse une épée de géant qui traînait par là et défonce le monstre avec. Dans le poème, la grotte est remplie de trésors antédiluviens (littéralement), et l'épée est explicitement originaire des géants bibliques, avec une citation de l’ancien testament sur la garde, et une inscription runique sur l'identité de son ancien propriétaire. Dans le court métrage, le narrateur évoque les géants et on voit des runes anglo-saxonnes dans le pierre où était logée la lame, donc l'idée reste la même. Le poème fait d'ailleurs de Grendel et sa mère des rejetons des géants biblique issus de la lignée de Cain, maudits par Dieu pour le fratricide commis par Cain contre Abel, mais c'est probablement un ajout tardif pour vernir à la hâte donner au au récit une coloration plus chrétienne.
De même, la lame disparaît après le massacre, mais dans le film on dirait qu'elle s'éteint, genre "ma tâche est accomplie", alors que dans le poème c'est le sang de la Mère de Grendel qui fait fondre le métal, ne laissant que la garde. Je trouve d'ailleurs intéressant que le court métrage mette si clairement en parallèle cette garde ancienne et un marteau de Thor, comme pour repaganiser le motif, sachant que la connexion de l'épée de géant avec les géants bibliques est, comme je l'ai dit, probablement plaquée dessus pour essayer de christianiser le poème en premier lieu, bref, la rourtourne tourne, comme le dirait un grand philosophe français.
Ja, ja, sehr subtil !
Suite à son succès, Beowulf repart, apprécié et et honoré. L'échange final avec Hrothgar qui lui rappelle que sa jeunesse va se faner et que bien des morts peuvent le guetter sur les sentiers périlleux de son existence est... tirée de la source. Ça doit faire plaisir ce genre d'adieux, on a envie de revenir tiens ! En vrai, c'est pour le prémunir contre l'orgueil que lui même n'a pas su repousser, et rester humble. La grosse différence entre le film et le poème, c'est que dans la source, Hrothgar lui offre son royaume, s'il veut bien être son héritier, sous les gros yeux de Wealhtheow qui en a chié pour lui faire plusieurs fils. Mais Beowulf refuse, il n'est pas venu pour ça et lui rappelle qu'il a déjà des héritiers. Le Gaut revient auprès de son oncle Hygelac qui vient l'accueillir sur la plage.
Le film fait un saut dans le temps, comme le poème par ailleurs, jusqu'au temps où Beowulf est vieux. Il a hérité du trône de son oncle et règne sagement et généreusement, jusqu'à ce qu'un voleur ne s’infiltre sous un tertre ou gît un trésor de roi (géant sans doute), gardé par un dragon. Il dérobe une coupe d'or sertie de joyaux (dans le film un coffret) et cela provoque la colère du monstre qui sort de sa tanière pour ravager la campagne par le feu. Pas le choix, il faut aller au charbon (padam tschii).
Un groupe de guerriers accompagne le vieux Beowulf jusqu'au tertre mais il commence par le dire qu'il doit y aller seul. L'entièreté du combat du film se déroulera alors sous terre mais le poème les fait s'affronter sous le tertre et en dehors, tandis que l'herbe brûle autour d'eux. Dans les deux cas, son bouclier crame instantanément et Beowulf regrette un instant ses choix de vie. Les autres guerriers fuient et l'abandonnent, à 'exception du jeune Wiglaf qui coure à son secours.
Le moment où tu comprends que c'était pas des champignons de Paris.
Le film traite le combat vraiment bizarrement, presque comme une bataille métaphysique avec le dragon prenant l'apparence de Beowulf lui-même et riant comme le centurion fantôme de... bah, les Douze Travaux, encore une fois. Et quand il embroche finalement le dragon en lui fonçant dessus, il meure, parce que...? Dans le poème, la bête lui mord le cou et l'empoisonne de son venin, après un échange tout à fait prosaïque. Cette mise à mort mutuelle rappelle un peu la manière dont Jormungandr et Thor périssent en emportant l'autre avec eux durant Ragnarök.
Parlons brièvement design
Ce choix est à mettre en parallèle avec la manière de représenter Grendel et sa mère. Le poème est assez avare en détails, le poète évoquant certes la force et la taille, voire la laideur de Grendel, mais pas nécessairement de description précise, aussi on peut imaginer ce que l'on veut. Toutefois, ce sont des créatures qui vivent dans les marais et tourbières, et leur grotte n'est accessible que par une plongée sous l'eau. Leur design dans le film reflète ce côté marécageux, comme couvert d'algues, et transmet cette idée de monstres aquatiques liés au monde sous-terrain. Les deux créatures sont pourtant tout à fait physiques, pas des spectres ou des blobs se déformant à volonté comme choisit de les représenter le film. Quant au dragon, comme je l'ai dit il n'a rien de métaphysique non plus et si le début du combat est fidèle au poème, la fin est particulièrement curieuse...
La manière dont
la Mère de Grendel se reforme à chaque coup de taille
n'est donc pas décrite ainsi dans le poème, mais rappelle beaucoup le
face à
face entre Dietrich et l'ogresse Hilde, ce qui n'est pas pour me
déplaire ! Après, le design choisi pour Grendel et sa mère trahissent un
peu les limitations techniques et budgétaires du film. Personnellement, quand
je vois cela :
Je m'attends presqu'à :
La fin de l'aventure
Le court métrage choisit également de symboliser la passation de pouvoir entre un Beowulf moribond et son fidèle Wiglaf par un don : celui du collier des Brisingar. C'est une nouvelle altération car ce précieux bijou, le poème nous en dit davantage. Déjà, c'est Hygelac qui le reçoit en cadeau dès le retour de Beowulf de son expédition, prouvant que Beowulf se moque des richesses. Mais dans un pan complètement omis du film, on sait que Hygelac le portait lorsqu'il périt en terre lointaine, mais je vais y revenir. Ici le film a voulu garder l'objet et lui donne un rôle nouveau, qu'on pourrait admettre comme plus fort et moins "accessoire". Le souhait de Beowulf d'être inhumé dans un tombeau sur les hauteurs, en bord de mer, où brûlerait toujours un feu pour les marin, c'est bien tiré du poème, qui situe l'endroit à un "cap-de-la-baleine".
Et c'est sur les funérailles de Beowulf que se termine ce premier film, et le moins qu'on puisse dire c'est que c'est globalement fidèle. Il y a peu de modifications allant à l'encontre du poème, comme on l'a vu, et si on se contentait de d'observer ce qu'on voit à l'écran, on serait tenté de juger l'ensemble extrêmement proche de la source. Toutefois, j'aimerai attirer votre attention sur ce qui n'est pas à l'écran : les omissions.
Les omissions
Alors qu'on se rassure, elles ne changent pas radicalement notre compréhension de l'histoire, mais sachant à quel point certaines d'entre elles sont importantes pour comprendre le contexte, il est intéressant qu'on ait choisi de s'en dispenser, d'autant plus qu'ils ont conservé Hygelac et le rôle joué par Hrothgar dans la vie de Beowulf et du père de celui-ci, Ecgtheow.
Déjà, il faut comprendre que le poème Beowulf n'est pas du tout linéaire. La narration saute dans le temps et l'espace à force d'analepses (des flashbacks quoi), de récits enchâssés et de prolepses (des flashforwards dans la langue de Mr. Bean), on se croirait dans un épisode de remplissage d'un anime. C'est un vrai puzzle à reconstituer, et c'est un aspect dont la plupart des sources se dispensent (cela dit le court métrage offre un aperçu de l'arc final en introduction et le film de Zemeckis nous offre le flash-back de la course de natation, toute une séquence imbriqué dans une autre, celle ou Hunferth remet ses exploits en question). Ces passages nous en apprennent plus sur Hygelac, par exemple, et notamment qu'il périra au court d'une expédition en Frise, et qu'il portera le collier des Brisingar lorsqu'il tombera. Beowulf sera alors avec lui et survivra en fuyant à la nage. Cet incident trouve d'ailleurs écho dans les sources franques, notamment l'Histoire des Rois Francs de Grégoire de Tour, la Geste des Rois Francs et le Liber Monstrorum. Beowulf ne s'y trouve pas, mais Hygelac, aka le roi Clochilaic meurt dans l'Hattuarie (la Hetware de Beowulf).
Dix points pour Griffondor pour avoir montré la petite sous-intrigue autour du collier des Brisingar. Les adaptations suivantes s'en tamponneront allègrement le coquillard. Il faut dire qu'elle ne sert qu'à créer de l'intertextualité, qui si elle enrichit le poème, n'est pas très utiles à des œuvres cherchant à simplifier et aller à l'essentiel. Et pourtant, ironiquement, c'est le court-métrage qui la conserve.
En parlant de la Frise, pas un mot sur la bataille à Finnsburg entre les Frisiens et les Danois, une trahison façon Noces Pourpres dont le récit en enchâssé dans le récit central comme une histoire de héros que se racontent des héros. Cette histoire avait par ailleurs droit à son propre poème, dont il ne reste aujourd'hui qu'un fragment. D'ailleurs, on a aussi droit à une brève mention de Sigmund le Völsung qui a tué un dragon, et de son "neveu" Fitela (Sinfjötli), qui, ahem, est aussi son fils accessoirement. Pas de Sigurd !
Le drama familial qui guette
Mais le plus gros "oubli" du film est la pression sur la reine Wealhtheow et ses très jeunes fils. Dès que la mort de Grendel est criée sur tous les toits, Hrothulf, le neveu du roi, se pointe comme si de rien n'était, et on comprend que la stabilité du royaume ne tient qu'à un fil. En Beowulf et Hrothulf, la reine voit deux potentiels usurpateurs, et le narrateur glisse plein de petits indices sur le chaos de la période, comme ces bancs qu'on a retiré à des halles plus petites pour remplir Heorot, ce qui ne veut pas dire qu'on a emprunté leurs bancs de brasserie aux voisins, mais qu'on a cramé leurs halles pour centraliser le pouvoir.
Or, Hrothulf n'est nul autre que Hrolf Kraki, un héros très célèbre qui non seulement a droit à sa propre saga, mais celle-ci est particulièrement appréciée. Si vous tombez sur le kenning "les semences de Kraki", ce sont ses semences à lui dont on parle, eeeet je vous arrête tout de suite, c'est une métaphore pour l'or. Si vous voulez savoir pourquoi, lisez la saga de Hrolf Kraki). Sa présence presque négligemment mentionnée implique que le poète estimait qu'on savait qui il était et son lien familial avec Hrothgar. Dans Beowulf, on nomme leur clan les Scyldiens, dans les sagas scandinaves les Skjöldungs.
Ainsi, le récit se repose sur les connaissances de son public pour comprendre le contexte sans l'expliciter : on sait que si Hrothgar est roi des terres danoises, cet élément rappelle à l'auditoire (ou le lecteur) que son frère, le père de Hrothulf (pas nommé dans Beowulf mais appelé Helgi dans la Saga de Hrolf Kraki et Helgo dans la Gesta Danorum), a accepté, à la mort de leur père qu'ils ont trucidé car c'était un tyran, mais bref, d'être un "roi de la mer", sans terre mais aux commandes d'une flotte et de colonies or du Danemark. Est-ce que Hrothulf se contentera d'un tel arrangement ? Ou développera-t-il de plus amples ambitions, alors que les héritiers de Hrothgar sont encore des enfants et lui un guerrier dans la fleur de l'âge ? Wealhtheow a de quoi s'inquiéter. Alors rajoutez Beowulf le Übermensch "tueur de monstres surnaturels à mains nues" par-dessus et vous imaginez la tension sous-jacente à Heorot. D'ailleurs, je ne l'ai pas dit, mais Wealhtheow... c'est une Wulfing... le clan dont le père de Beowulf a tué un membre, crime que son son époux a dédommagé avant de donner une bonne éducation au fils du tueur. Lorsqu'elle donne le collier des Brisingar, c'est un précieux héritage de son clan qu'elle donne à l'héritier du meurtrier de l'un d'eux. Elle a besoin de s'assurer de ses bonnes grâces, mais imaginez ce qu'il lui en coûte.
Mais tout cela est essentiellement implicite, compréhensible par des références ici ou là et des allusions funestes. Sans doute que cela compliquerait la compréhension du film à un public à qui ces connaissances implicites manquent et ne connaissent plus forcément l'équilibre familial des Skjöldungs. Je comprends que les spectateurs soient venus voir Beowulf défoncer du monstre, pas assister à un Western familial durant l'Âge de Vendel. Soit, j'entends. Mais c'est dommage.
Conclusion
Malgré tout, on ne peut vraiment pas se plaindre de la fidélité du court métrage, surtout avec une telle durée. C'est de loin l'adaptation la plus courte du poème, pourtant, malgré les besoins d'un tel excercice (résumer, simplifier), il n'y a aucune grosse trahison, ni aucun véritable contresens. Quant au style, je l'ai un peu chambré, mais c'est vraiment une histoire de goût. Pas sûr que ce soit la meilleure introduction à Beowulf, celle qui vous agrippe et vous plonge dans la légende avec l'envie d'en voir plus, mais c'est sans doute la version la plus proche du texte. Faut-il la voir ? A priori c'est un peu tard pour poser la question, mais si vous m'avez lu sans visionnage préliminaire, allez-y !
Le Point Bande-Originale
La musique est composée par Graeme et Wendy Lawson. Graeme est archéologue, musicien et historien et travaille visiblement sur de la recréation musicale historique. Sous le nom de Archeologia Musica ils ont sorti plusieurs vinyls recréant de la musique des périodes romaine, viking et normande. C'est une super idée de recruter des gens pareils pour un film tel que celui-ci ! Après... je ne suis malheureusement pas certain d'être convaincu par les nappes de synthés occasionnelles (qu'on pourrait charitablement attribuer au sound design) parsemées de deux trois coups de flûtes. Le principe aurait dû être excellent, l'exécution n'est vraiment pas terrible.