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dimanche 21 juin 2026

La nuit la plus courte, sauf pour les Nibelungen (Vineta année 6)

Aujourd'hui, c'est le solstice d'été, la nuit la plus courte de l'année, Midsommar, ou pour les pieux parmi vous, Juhannus, la Saint-Jean. Mais pour moi, c'est également l'anniversaire de mes projets d'écriture. 
 
Si commencer la rédaction de Pax Europæ ce jour-là fut une coïncidence, ce fut une démarche totalement consciente pour Heldenzeit. C'est un jalon important de l'année à mes yeux, sous l'égide duquel je souhaitais placer le projet, il y a désormais six ans de cela. Et oui, je commençais à écrire le projet en 2020, le temps file...
 
Mais alors, puisque j'en parle, vous vous demandez sans doute si cette fête joue un rôle quelconque dans les sources, et par extension, mon manuscrit (oui, je me sers de l'occasion pour parler des sources, comme d'habitude, alors faites un effort, c'est ma meilleure transition). Est-ce que cette date est symbolique, ou bien a-t-elle seulement été mentionnée ?
 
Il y a finalement assez peu de dates clairement données dans les sources d'Heldenzeit (je vais me concentrer sur celles-ci, pas toutes les sagas et gestes, sinon je n'en finirais pas). 

Les poètes vont parler des règnes (ça donne au moins une fourchette temporelle, encore que ce sont généralement des règnes légendaires, loin de toute réalité chronologique), mais aussi des saisons, soit été ou hiver, puisque pendant longtemps l'espace germanique ne connaissait que deux saisons, raison pour laquelle le solstice d'été est toujours appelé midsommar en suédois ou midsummer en anglais, la mi-été, alors que dans nos calendriers modernes, c'est la date où on bascule du printemps à l'été. La saison est importante dans le récit puisque différentes activités, et donc éléments d'intrigue propres à la période de l'année : l'été étant propice aux campagnes militaires, aux expéditions, tandis que l'hiver le drama est au pays, plutôt "familial" et interne.
 
Le moment de la journée (jour, nuit, matin, soir) est également assez commun, et éventuellement, on nous informe si c'est dimanche et qu'il faut aller à la messe, comme lors de la querelle entre Kriemhilde et Brunhilde sur le parvis de la cathédrale de Worms dans le Nibelungenlied, puis la messe hyper tendue qui s'en suit après les terribles révélations.

Mais occasionnellement, on a droit à une date plus précise grâce à des fêtes, chrétiennes ou païennes, par exemple Yule  (Noël, donc autour du solstice d'hiver), lorsque Norna Gest se présente à la cour du roi Olaf Tryggvason et y raconte sa vie (OK, dis comme ça ce n'est pas hyper intéressant mais c'est mon récit cadre) (il est super mon récit cadre, je vous le jure). 
 
Il y a également la Pentecôte, qui revient à deux reprises dans le Nibelungenlied : d'abord comme jour de la victoire contre les Saxons, puis comme celui du mariage de Kriemhilde (avec Etzel), ou plus exactement, la première fois qu'ils partagent leur couche. 
 
Si du côté de Dietrich de Bern, c'est Pâques qui est mis à l'honneur, puisqu'elle est mentionnée à plusieurs reprises  (dans la Fuite de Dietrich ou encore la Rabenschlacht), la fête ne sert cependant pas à donner la date, mais comme allégorie afin d'exprimer le deuil du héros.
 
Dans mon récit j'incorpore une légende du XIIe siècle rapportée par Claude Lecouteux dans sa traduction de la Þidrekssaga, et qui est liée à la ville de Ravenne. Cette légende étiologique explique le nom de la cité par un événement particulier impliquant d'immenses nuées de corbeaux et ayant lieu à la St Apollinaire (le premier évêque de Ravenne et martyr chrétien), c'est à dire le 20 juillet. J'utilise cette date pour faire coïncider cet événement prodigieux annuel avec la fameuse bataille de Ravenne légendaire, la Rabenschlacht, qui n'est pas datée dans les sources. En revanche, la bataille historique qui l'a inspirée a bien eu lieu en juillet 491. Cela tombe décidément fort bien.
 
Enfin, il y a... le solstice d'été. Oui, il est bien présent ! Et en deux occasions, même ! 
 
D'abord, le poète de la Chanson des Nibelungen nous dit que c'est au solstice d'été que le roi Sigmund organise une grande fête pour son fils Siegfried qui est fait chevalier, armé et équipé comme tel avec toute une cohorte à son service, avant qu'il ne parte à l'aventure au pays des Burgondes. C'est un moment de joie et de célébration pour tous, un moment à l'image du héros : solaire. Nous sommes alors que dans la seconde âventiure, vraiment au tout début du récit.

Cependant, la nuit la plus courte de l'année revient beaucoup plus tard, à l'âventiure XXIII, soit dans le dernier quart du poème, et cette fois on n'est plus là pour rigoler. Car c'est afin de célébrer le solstice (en tout cas de participer à un "festival" à cette date) que Kriemhilde invite ses frères à la cour d'Etzel, son nouveau mari. Bien sûr, c'est un faux prétexte pour les attirer dans son piège et accomplir sa vengeance contre eux, les meurtriers de son premier époux, Siegfried.
 
La Þidrekssaga ne parle que d'une "fête amicale", mais sur la route qui les mène à Gran, les Burgondes se tapent du gros vent et beaucoup de pluie. Si ça, ça n'est pas implicitement Juhannus, je ne sais pas ce qu'il vous faut, hihi (la météo du solstice en Finlande, c'est toujours un grand moment d'incertitude. Mais c'est grillades garanties même s'il pleut).
 
Le bain de sang final de la légende a donc lieu lors de la nuit la plus courte de l'année, s'il faut en croire le Nibelungenlied. D'ailleurs, n'est-il pas parfaitement adapté aux circonstances que tout ce beau monde périsse alors que brûle la halle d'Etzelburg ? Après tout, le solstice d'été se fête souvent par de grands feux de joie ! Bon, j'aime autant vous dire que pour les Huns, les Burgondes et les Goths qui s'étripent par centaines, on n'est pas là pour danser autour de l'arbre de mai : cette nuit la plus courte ne dure que quelques heures, ressenti : interminable.

Après la nuit de carnage, les survivants retournent à leurs domaines, mais les pertes sont colossales et les royaumes de Brunhilde ou Dietrich sont condamnés à péricliter. Le Bernois rentre au pays mais a perdu tous ses amis, Hildebrand doit affronter son fils en chemin et, malheureusement, le tuer. L'époque s'assombrit, et l'âge héroïque décline, tout comme le jour lui-même après le solstice.

Grosse ambiance ! 

Pourtant, en ce Midsommar 2026, les choses ne vont pas si mal pour Heldenzeit : le projet avance bien, j'ai entamé le dernier arc narratif, et on se rapproche à bon pas d'un bouclage du premier jet. Je suis très, très content du résultat jusqu'ici. Des années à ruminer le projet, six années de rédaction, et la satisfaction de concrétiser mon ambition comme je l'envisageais.

Alors bon, c'est pas encore fini, mais avec 627 pages A4 rédigées, je ne boude pas mon plaisir. Cela fait une moyenne de 110 pages par an, un rythme assez lent, mais seulement si l'on ne prend pas en compte les innombrables lectures préparatoires qui auront été nécessaires. J'ai rempli tout un carnet de mes notes en pattes de mouches, et bien entamé un second. Heldenzeit, c'est beaucoup, beaucoup de boulot en amont, mais franchement, quand je vois le résultat (même inachevé), je me dis que ça vaut le coup.

Voilà ! C'était ma manière à moi de marquer avec vous ce jalon de 6 années d'écriture du projet. J'espère pouvoir annoncer mieux que ça au prochain anniversaire, et si je conserve ce rythme, cela se pourrait fort bien ! Ne me reste plus qu'à vous souhaiter un très beau solstice d'été, til árs ok friđar !

Souvenir de Juhannus en Finlande, l'année ou Heldenzeit a germé dans mon esprit.

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